Échec des négociations fédérales: une menace sérieuse?

L'offre de démission des préformateurs, suivi de la nomination du président des libéraux flamands comme nouveau préformateur, plonge le pays dans une nouvelle vague d’incertitude, 450 jours après les élections. On parlera d’une ouverture du champ des possibles, mais pas pour autant d’un saut dans l’inconnu. Pour l’instant.

Belgaimage

Retour à la case départ! Encore une fois, hier, une mission de formation gouvernementale a échoué. Le duo Magnette-De Wever s’est avoué être dans l’incapacité de continuer à mener les négociations et depuis, c’est comme si le chaos régnait dans la classe politique belge.

L’annonce est d’autant plus alarmante que dans tout pile un mois, le 17 septembre, Sophie Wilmès devrait soumettre son gouvernement à un vote de confiance, comme promis en mars lorsque la Chambre lui a donné des pouvoirs spéciaux. Il serait alors à craindre que la Belgique ne retombe en affaires courantes, dans une situation encore plus instable. Sauf que le contexte de crise introduit tellement d’incertitudes que même cette deadline semble moins claire qu’il n’y paraît.

Une date plus ou moins flexible?

Dans les faits, le risque que la Belgique s’enfonce encore plus dans la crise politique ou pas le 17 septembre réside en partie entre les mains de la Première ministre. Elle doit continuer à avoir le soutien des parlementaires, c’est sûr, mais quant à savoir si elle doit vraiment le faire à cette date-là, il peut y avoir débat.

«Cela dépend du point de vue», précise Jean Faniel, directeur du CRISP (Centre de recherche et d’information socio-politiques). «Sur le plan juridique, il y a un gouvernement de plein exercice et Sophie Wilmès n’est pas tenue de se représenter devant le Parlement. C’est une limite qu’elle s’est imposée et le fait d’une déclaration politique. À partir de là, il peut y avoir deux interprétations. On peut considérer que les négociations politiques avancent et la Première ministre peut jouer sur ce timing. Mais d’un autre côté, les déclarations d’un bon nombre d’acteurs politiques montrent l’importance accordée désormais au 17 septembre. À ce stade, il est donc impossible de dire si cette deadline sera plus ou moins souple».

À la base donc, la date du 17 septembre est plus une obligation morale que constitutionnelle. Sauf qu’elle est devenue une obligation politique par la force des choses. Si Sophie Wilmès décide de repousser la motion de confiance promise, c’est aussi s’exposer à un risque. Son gouvernement est ultra-minoritaire, avec 38 sièges sur 150, et il suffirait d’une motion de défiance pour l’envoyer brutalement en affaires courantes. C’est pour éviter un tel scénario qu’elle pourrait quand même garder la date du 17 septembre. «Si elle n’arrive pas à rassembler une majorité, le résultat serait le même. On arriverait alors dans une période de flou où soit une majorité alternative se dessine, soit un retour aux élections s’impose», rappelle Jean Faniel.

Le coup de poker des élections

D’ici un mois, cela dit, la situation reste sous contrôle. Le gouvernement ne semble pas menacé et il faudra voir ensuite ce qui se passera. On peut aussi légitimement se demander si dans le contexte de crise actuelle, une majorité pourrait se dessiner non pas pour créer un gouvernement mais pour convoquer des élections, au risque de voir les extrêmes monter en flèche.

Pour Jean Faniel cependant, il arrive un moment où, si les blocages perdurent, «on ne peut pas continuer à jouer avec la démocratie». «On ne fait pas des élections parce qu’on désire tel ou tel résultat mais parce qu’on estime que la légitimité émane de la nation. Et puis il faut voir ce qu’il se passerait vraiment. On ne sait pas comment la campagne électorale tournerait, quelles seraient les prises de position des partis politiques et ce que cela aurait comme effet dans les urnes. Cela tient donc du pari mais ce n’est pas pour cela que les élections sont faites».

Pourtant, de son propre avis, les partis ne sont pas du tout prêts à ce pari, si ce n’est les extrêmes. À part eux, paradoxalement, ce sont les deux grands perdants des sondages, la N-VA et le PS, qui ont soufflé le chaud et le froid, se disant un temps prêts à des élections puis son contraire.

Les jeux sont ouverts!

Quoi qu’il en soit, pour l’instant, l’heure est encore aux négociations et donc à tous les possibles. Egbert Lachaert, président de l’Open-VLD, a été chargé par le Palais « de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement qui s’appuie sur une large majorité au parlement ». Pour une nouvelle coalition? «S’il s’avère que la démission de Magnette et De Wever marque la fin de la possibilité d’avoir le PS et la N-VA ensemble, il va falloir repasser à l’autre grande option, c’est-à-dire la coalition Vivaldi (libéraux-socialistes-écologistes), avec ou sans le CD&V», juge le directeur du CRISP. Mais cela repose le problème antérieur: les partis flamands seraient sous-représentés, ce qui complexe le CD&V et dans une moindre mesure l’Open VLD, de peur que la N-VA ne leur fasse payer cette décision au gouvernement flamand. «En soi, la coalition Vivaldi est faisable. Le gouvernement Michel avait une sous-représentation des francophones, par exemple. Ce sont des blocages politiques et non pas constitutionnels. Cela dit, on peut imaginer justement que cela se débloque si l’Open VLD ou le CD&V prennent en considération la pression exercée par la crise et l’impossibilité de rassembler une majorité néerlandophone.»

Sur le même sujet
Plus d'actualité