Présidentielles US : pourquoi Biden est encore loin d’avoir gagné

Le rival de Donald Trump sera déclaré officiellement candidat jeudi, à l’issue de la convention d’investiture démocrate. Sondage après sondage, Joe Biden creuse son avantage sur le républicain. L’élection paraît déjà jouée. Mais attention, les mêmes sondages prévoyaient la victoire d’Hillary Clinton en 2016…

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Traditionnellement, le discours du candidat investi pour l’élection présidentielle américaine se conclut par un lâcher de ballons et une ovation enthousiaste du public, venu saluer son champion avant la bataille. Rien de tel, cette année à Milwaukee : la ville du Wisconsin accueille une convention d’investiture démocrate largement virtuelle. Ouverte ce lundi, elle se clôturera jeudi, lorsque le parti fera officiellement de Joe Biden son candidat. Une formalité donc, avant le début de la campagne proprement dite.

Une campagne que l’ancien vice-président de Barack Obama semble aborder dans le costume du favori, tant depuis juin, les sondages sont flatteurs à son égard. Son avance sur Donald Trump serait comprise entre 9 et 15 points ; un handicap qu’aucun candidat n’a, dans l’histoire récente des États-Unis, réussi à combler à moins de trois mois du scrutin, prévu le 3 novembre. Mieux, Biden est donné gagnant dans les États industriels de la « Rust Belt » (la « ceinture de rouille »), comme la Pennsylvanie, le Wisconsin ou le Michigan, qui firent la victoire de Donald Trump en 2016. Et son choix récent de Kamala Harris comme colistière a été largement salué.

Mobiliser ses électeurs

Alors, le match est-il plié? Même si l’on s’en tient aux augures, probablement pas. À en croire le dernier sondage de CNN, l’écart entre les deux rivaux s’est « significativement » resserré depuis juin. Et puis, le précédent de 2016 l’a montré : les enquêtes d’opinion reflètent imparfaitement la vérité des urnes. Hillary Clinton a eu beau caracoler dans les intentions de vote, on sait ce que ça a donné au final.

L’issue du scrutin pourrait bien dépendre de la capacité de Joe Biden à mobiliser ses troupes. Certes, l’aile gauche du parti démocrate, comme le candidat déçu à l’investiture Bernie Sanders ou son héritière potentielle Alexandria Ocasio-Cortez se sont rangés derrière Biden et ont appelé à l’union sacrée pour battre Trump. Rien ne dit cependant que tous leurs partisans apporteront finalement leur vote au candidat du parti. Selon Maxime Chervaux, professeur à l’Institut français de géopolitique et spécialiste de la politique américaine, « Les électeurs qui ont soutenu les progressistes Bernie Sanders et Elizabeth Warren durant la primaire demeurent sceptiques face à Joe Biden et ses liens avec Wall Street et les entreprises de la tech. Le candidat du Parti vert, Howie Hawkins, drague déjà les déçus à la gauche de Biden », explique le politologue dans une tribune au Monde.

À l’inverse, Trump, en dégainant ses thèmes de prédilection comme la sécurité ou l’immigration, poussent les électeurs républicains à se mobiliser. Sa gestion de la mort de George Floyd et du mouvement Black Lives Matter aura fait plaisir à une large frange de son électorat, tout comme sa politique migratoire et sa construction du mur à la frontière mexicaine. Biden devra également parvenir à surmonter la suspension des meetings et l’arrêt du porte-à-porte, victimes collatérales du Covid-19, et relever les défis que pose l’organisation d’une campagne électorale virtuelle.

Un problème qui se pose moins à Donald Trump, qui ne se prive pas d’utiliser la large résonnance médiatique que lui offre ses briefings quotidiens à la Maison Blanche pour faire parler de lui. En bien ou en mal qu’importe ; l’important on le sait, c’est de faire parler.

Le Covid en juge de paix ?

Un des facteurs déterminants de l’élection sera bien entendu un petit virus de quelques nanomètres. Si la crise sanitaire venait encore à s’aggraver outre-Atlantique, le boulet de sa gestion catastrophique deviendrait probablement trop lourd à porter (les États-Unis, avec 170.000 morts au compteur sont pour l’instant, et de loin, le pays le plus durement touché par la pandémie dans le monde). À l’inverse, une accalmie sur le front de l’épidémie, une reprise industrielle vigoureuse et des achats agricoles chinois pourrait redonner du peps à une partie de l’électorat ouvrier et agricole du président.

Une dernière donnée pourrait également jouer : l’impact du vote par correspondance. En 2016, près d’un quart des électeurs ont voté par ce moyen ; cette année, cela pourrait être le double, en raison de la crise sanitaire. Cela pourrait avantager les démocrates, dont les électeurs, tendanciellement plus jeunes, rechignent parfois à se déplacer jusqu’aux bureaux de vote. Même chose pour certaines couches précaires de la population, qui en temps normal, hésitent à prendre congé pour aller voter, l’élection présidentielle ayant lieu en semaine.

Voilà sans doute pourquoi Donald Trump, qui a pourtant voté par correspondance lors des primaires républicaines, a récemment affirmé que ce type de vote était nécessairement « frauduleux ». Voilà peut-être aussi pourquoi le président cherche à bloquer les crédits supplémentaires demandés par les Démocrates à octroyer à l’US Postal Service (USPS), en vue de l’organisation du scrutin.

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