La gratuité scolaire, pas encore pour septembre

Comme chaque année, la Ligue des familles a étudié le coût que représente l’école pour les parents. Vu la crise, l’association alerte : la rentrée et l’achat de fournitures scolaires risque de plomber le budget des familles. Encore plus que d'habitude.

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Loin de nous l’idée de vouloir jouer les rabat-joie, mais voilà : l’été touche doucement à sa fin. Pour de nombreux parents, il faudra bientôt passer par la case obligatoire de cette fin d’août, celle des rayons « fournitures scolaires » des grands magasins. Ce qui peut rapidement virer au casse-tête, quand la liste desdites fournitures envoyée par l’école fait trois pages et n’autorise aucune marge de manœuvre (quatre fardes à glissières et pas à rabat pour le professeur de math, deux pots de colle de la marque Tripp, et Tripp uniquement pour le prof de géo, etc.). Un casse-tête, doublé d’un coût. En théorie, l’article 24 de la Constitution belge l’affirme : « L’accès à l’enseignement est gratuit jusqu’à la fin de l’obligation scolaire ». En pratique, l’école représente encore un coût non négligeable pour le portefeuille des parents.

Comme chaque année, la Ligue des familles s’est penchée sur les achats de fournitures scolaires pour la rentrée. L’association a analysé 44 listes, émanant de 36 écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles. En moyenne, le coût de ces fournitures varie de 52 à 520 euros, selon le niveau de scolarité et les écoles. En 3e maternelle, la facture pour les fournitures réclamées monte à 134 euros en moyenne. En primaire, elle est de 234 euros, et passe 406 euros dans le secondaire… « C’est donc chaque fois le coût pour un seul enfant, à multiplier par le nombre d’enfants dans la famille », a précisé à Belga Maxime Michiels, chargé d’études à la Ligue des familles. Attention, il ne s’agit ici que des listes de fournitures ; reste encore à ajouter d’autres dépenses comme la garderie, les frais réclamés en cours d’année, etc.

Le poids du virus

Pour la Ligue des familles, ces coûts, traditionnels à cette période de l’année, seront d’autant plus difficiles à assumer dans le contexte actuel. Et la Ligue de citer les prévisions de la Banque nationale, qui en juin, tablaient sur un recul de 5 milliards d’euros du revenu national des suites du coronavirus. Selon la Banque, ce sont tendanciellement les plus pauvres… qui se sont le plus appauvris durant le confinement, notamment parce qu’ils travaillent « dans une plus large mesure au sein des secteurs les plus durement frappés par la crise », soit l’événementiel, la culture, l’horeca, le commerce non alimentaire, etc.

Supporter les frais de rentrée scolaire sera donc encore moins évident cette année pour les ménages les plus défavorisés. D’autant que, note la Ligue, les enfants des milieux populaires sont souvent relégués dans les filières qualifiantes et professionnelles, où les frais d’achat de matériel peuvent être très élevés.

Encore loin d’être gratuite

« Il y a toute une série de règles qui existent aujourd’hui pour réduire les coûts scolaires, mais on voit qu’elles sont très peu respectées », poursuit Maxime Michiels. À partir de cette rentrée 2020, les fournitures scolaires pour la deuxième année de maternelle (et depuis septembre 2019 pour la première année) sont censées être gratuites, moyennant une subvention de 50 euros par an et par enfant octroyée aux établissements scolaires par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Seul le cartable, le plumier et une tenue de sport doivent être pris en charge par les parents.

Mais tous les frais extra-scolaires peuvent encore être réclamés, comme l’encadrement des pauses de midi (le droit de chaise), le repas éventuel, la garderie et pour des activités sportives ou culturelles (plafond de 45 euros maximum par année) ou séjours pédagogiques avec nuitées (100 euros maximum). Pour le primaire et le secondaire, aucun montant plafonné n’a pour l’instant été fixé pour ces activités extra-scolaires. De plus, pour ces mêmes niveaux d’enseignement, certains établissements demandent parfois des marques spécifiques de fournitures scolaires, ce qui est interdit.

Des inspecteurs de la gratuité scolaire

« Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles attend que les parents déposent plainte pour examiner ce qui se passe, déplore la Ligue des familles. Or, les parents ne souhaitent évidemment pas entrer en conflit avec l’école de leurs enfants ». Pour éviter cet écueil, l’association imagine des inspecteurs de la « gratuité scolaire », chargés de visiter aléatoirement les écoles pour vérifier leurs pratiques en la matière. « Cela permettrait de vérifier que les parents bénéficient effectivement des mesures de gratuité, car si l’on vote des textes au parlement et qu’ils ne sont pas appliqués sur le terrain, ça ne sert à rien », conclut l’association.

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