En Espagne, la deuxième vague révèle l’exploitation des sans-papiers

La recrudescence de Covid-19 est largement due aux conditions de vie désastreuses des travailleurs saisonniers, dont la plupart sont migrants.

Un travailleur sénégalais à Huelva, Espagne - Belga

Dès fin juin, l’Aragon, puis la Catalogne étaient de nouveau la proie du Covid-19. A peine déconfiné, des foyers de contamination se sont créés et l’épidémie repartait de plus belle. L’Espagne, déjà le pays le plus touché d’Europe au printemps, perdait de nouveau le contrôle de la situation sanitaire. Avec moins de 150 personnes touchées par le virus fin juin, elle comptabilise aujourd’hui 705 cas pour 100.000 habitants – bien loin de la barre fatidique des 50 contaminations par 100.000 habitants bruxellois.

Comment expliquer ces foyers de contamination qui se multiplient aux quatre coins de l’Espagne ? Par les conditions de vie déplorables des travailleurs saisonniers qui traversent le pays pour récolter les fruits et faire les vendanges. Souvent d’origine africaine, ces travailleurs migrants, dont beaucoup sont sans-papiers, sont exploités par les agriculteurs la journée pour être parqués comme du bétail la nuit dans des entrepôts désaffectés ou des chambres minuscules, sans aucune condition d’hygiène de base, certains dormant à même la rue.

Ces conditions de vie sont connues depuis longtemps par les ONG et autres associations humanitaires, qui dénoncent depuis des années ce marché du travail sans aucune règle. Mais jusqu’ici, les autorités fermaient les yeux. Aujourd’hui, crise du Covid oblige, elles sont obligées de faire face à cette réalité peu reluisante. Le problème n’est pas seulement espagnol. Il est européen. Car l’Espagne abreuve l’Europe de fruits et légumes, chaque pays voulant toujours plus de tomates en hiver… Par ailleurs, des clusters ont également émergé dans les abattoirs en Allemagne et en France pour les mêmes raisons : l’absence de droit du travail et de conditions de logements dignes.

Huelva, Espagne - Belga

Recrudescence du racisme

Depuis qu’un lien a été clairement établi entre foyers de contamination et récoltes, les autorités municipales et régionales espagnoles ont mis des masques et des logements à disposition des travailleurs (gymnases, auberges, centres…). « Mais il leur faut aussi des papiers, a expliqué au Monde Gemma Casal, porte-parole de l’association Fruits et justice sociale, qui a dénoncé la situation. Le Portugal l’a fait, l’Italie aussi… Non seulement maintenir ces gens dans une situation irrégulière favorise les abus et l’exploitation, mais s’ils ne sont pas régularisés, leur “traçage” lorsqu’ils sont contaminés est impossible : ils ne veulent pas donner leur nom, ni dire avec qui ils ont été en contact. Et comme ils n’auront pas d’indemnités d’arrêt de travail, ils cherchent parfois à éviter les contrôles de température ou les tests, parce que ce qui les préoccupe ce n’est pas le Covid, c’est d’avoir de quoi manger ».

Autre problème, le racisme primaire reprend des forces. Ces travailleurs migrants sont désormais pointés du doigt comme potentiels porteurs du virus et donc, comme cause de la recrudescence de l’épidémie, par des populations locales qui refusent de subir un nouveau confinement. Pire, des manifestations publiques de racisme ont eu lieu dans différents villages. Si la première vague de Covid a touché l’Espagne dans son entièreté, la deuxième vague met surtout en évidence les discriminations sociales. Ce qui ne laisse rien envisager de bon pour la suite…

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