Kamala Harris colistière de Joe Biden, le «meilleur choix» pour contrer Trump

Le candidat démocrate a désigné hier cette femme de caractère et de couleur pour être sa vice-présidente. De quoi donner des sueurs froides au camp républicain.

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Il a fait durer le suspense mais ce mardi en fin de journée, Joe Biden a enfin lâché le morceau. Sa colistière porte le nom de Kamala Harris, sénatrice de Californie. Si le binôme défait Trump le 3 novembre prochain, elle sera non seulement la première femme à devenir vice-présidente des USA mais aussi la première personne de couleur à obtenir ce poste. Une bonne raison pour que Joe Biden la choisisse et ainsi marquer l’histoire, mais ce n’est pas tout. Elle coche tellement de cases que cette décision n’étonne pas beaucoup les observateurs, pour le grand malheur de ses opposants républicains.

Une complémentarité forte

À la base de sa désignation, il y a la personnalité de Kamala Harris. Elle est réputée intransigeante et sérieuse, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être parfois très critique de Biden lorsqu’elle était opposée à lui pendant les primaires démocrates. Mais aujourd’hui, ce qui compte, c’est l’alchimie entre ces deux personnes. Kamala Harris est d’ailleurs proche de la famille Biden et particulièrement de son fils, Beau, mort d’une tumeur au cerveau en 2015. «Elle a une vision concordante avec celle Joe Biden, que ce soit en politique intérieure ou étrangère», note Tanguy Struye de Swielande, professeur de Sciences politiques à l’UCLouvain. «Je crois aussi qu’il a pris une personne ambitieuse qui ne sera pas pour autant en compétition avec lui. Il est clair qu’ils s’entendent bien, ce qui joue également».

Cette concordance est assez forte pour parer à toutes les situations, y compris dans l’hypothèse où la santé de Joe Biden venait à faire défaut pendant son potentiel mandat. Le candidat à la présidence a en effet 77 ans. Elle n’en a que 55. Cela peut donc rassurer des électeurs qui peuvent s’attendre à ce qu’elle reste dans même lignée politique que lui si elle devait prendre les rênes du pouvoir à sa place.

Ne pas faire de cadeau aux républicains!

Ce qui a fait pencher la balance du côté de Kamala Harris, c’est aussi sa popularité, plus grande selon les sondages que pour les autres candidates au poste de colistière. Ces dernières étaient également plus fragiles qu’elle au vu de leurs passés. «Susan Rice par exemple, conseillère pour la sécurité nationale sous Obama, se serait vu reprocher les incidents à Benghazi où est mort l’ambassadeur américain. Pour d’autres, c’était le soutien à l’église de scientologie et au parti communiste cubain qui pouvait poser un problème. Or il fallait éviter que Biden ne laisse ces opportunités d’attaques à l’adversaire», déclare Tanguy Struye de Swielande.

Or selon ce dernier, Kamala Harris ne se trouve pas dans cette position-là. Il estime que son professionnalisme, son pragmatisme sont à ce point forts que cela met dans des bâtons dans les roues de Trump. «Il adore attaquer les gens sur leurs physiques et leurs intelligences, or ici il ne pourra pas le faire au vu de son charisme et de sa présence. Je crois qu’il est très embêté d’avoir affaire à elle, surtout qu’il l’a soutenu financièrement deux fois lors de ses campagnes pour devenir procureure générale de Californie», rappelle-t-il. De ce fait, les Républicains sont un peu en manque d’arguments pour lui faire face.

Un savant calcul politique

Enfin, le choix de Kamala Harris est à l’image de la campagne de Joe Biden: une affaire de compromis. En amont, il s’était attiré les faveurs de la gauche du parti démocrate en constituant son programme de campagne avec l’aide des partisans de Bernie Sanders. Ayant ainsi contenté cette faction, il ne s’est pas senti obligé de choisir une colistière de ce courant. Le parti est assez uni pour cela, contrairement à 2016. Il a donc choisi Kamala Harris, modérée comme lui avec quand même un léger penchant à gauche par rapport à lui.

Et si ce positionnement politique est aussi important, c’est non pas pour attirer les électeurs de gauche mais de droite. «Il a pu prendre quelqu’un de plus modéré pour ne pas effrayer les indépendants et les modérés du parti républicain qui pourraient voter pour Biden par rejet de Trump. Au vu des autres possibilités de Biden, celle de Kamala Harris représente clairement le meilleur choix», juge Tanguy Struye de Swielande.

Preuve que cela marche : le comité dénommé «Lincoln Project», qui rassemble plusieurs républicains opposés à la réélection de Trump, a déjà annoncé soutenir la désignation de Kamala Harris. De plus, des médias plutôt pro-républicains comme Fox News ont également accueilli favorablement la nouvelle en ne la critiquant qu’à la marge. «Sur le papier, oui, cette stratégie pour attirer la gauche des républicains marche, même s’il faudra voir ce qu’il en est pour la suite de la campagne», confirme le professeur de l’UCLouvain. «Ce qui va être très intéressant, c’est son duel face avec Mike Pence parce qu’elle est très forte sur le plan des débats et de l’argumentation. Elle a déjà remis à leurs places certains sénateurs républicains sans aucun problème».

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