Les « anti-masques » donnent de la voix

20.000 personnes à Berlin pour dire « non » au port du masque. En Europe comme aux Etats-Unis, les anti-masques, nés sur les réseaux sociaux, commencent à se faire entendre. Qui sont-ils et que cherchent-ils ?

Le port du masque obligatoire ne plaît pas à tout le monde - Belga

Il fut un temps où le peuple citoyen manifestait dans la rue pour le droit de vote universel, pour l’égalité homme-femme, contre le racisme. Aujourd’hui, c’est contre le port du masque. 20.000 personnes à Berlin samedi, des milliers en Floride et ailleurs aux Etats-Unis, des centaines à Londres… Chez nous, toujours pas d’appel à descendre dans les rue, mais les groupes anti-masques sont actifs sur les réseaux sociaux.

Qui sont-ils ?

Qui sont ces réfractaires au port du masque ? Une faune très hétéroclite. A Berlin, on pouvait croiser des chrétiens, des libertaires, des écolos anti-vaccin, des néo-nazis et sympathisants du parti d’extrême droite AfD et des black blocks anarchistes. Soit tout et son contraire… Pourtant tous réunis pour ce « jour de liberté », nom donné à la manifestation et référence claire à Leni Riefenstahl, la cinéaste attitrée de Hitler.

En Belgique comme en France, c’est d’abord sur les réseaux sociaux que ce petit monde se regroupe. Le groupe Facebook « Actions citoyennes contre les mesures gouvernementales » est né avec le mouvement des gilets jaunes et entendait au départ soutenir le pouvoir d’achat des citoyens. Ces derniers temps, ses 7.000 membres discutent surtout de la dangerosité de porter le masque (car les bactéries s’y baladent), des bienfaits étouffés de la chloroquine et de la responsabilité des médias dans l’atmosphère anxiogène qui pousse à obéir les yeux fermés aux mesures de l’Etat – lors de la manif à Berlin, une journaliste a d’ailleurs violemment été prise à partie et forcée à rendre l’antenne alors qu’elle couvrait l’événement en direct.

Réseaux sociaux et théories du complot

Sur internet, c’est aussi le règne des influenceurs et des théories complotistes. Un certain Jean-Jacques Crèvecoeur, Belge résident au Québec, s’est ainsi fait une belle audience au fil des années. Il remet tout en cause, des attentats du 11 septembre à l’efficacité de la vaccination. Aujourd’hui, c’est la Covid 19 qui, selon lui, correspond à la mise en place d’une dictature au bénéfice de Bill Gates, des vaccins qu’il s’apprête à vendre et de la 5G qui permettra de tous nous ficher.

En Allemagne, c’est plus ou moins le même discours : l’Etat s’est allié aux entreprises pharmaceutiques et numériques pour abolir la démocratie. Un blogueur, Attila Hildmann, est devenu, selon le journal Die Welt, un « symbole du conspirationnisme allemand » en qualifiant Adolf Hitler de « bénédiction » en comparaison d’une Angela Merkel « communiste, sioniste et sataniste ».

En Italie, si la très grande majorité de la population a bien compris les dangers du virus et l’importance des gestes de barrière, c’est l’ancien ministre de l’Intérieur Mateo Salvini, désormais en disgrâce, qui se fait le pourfendeur du « terrorisme médiatique », pour essayer de revenir dans le jeu, jouant la carte « corona-sceptique » à tout va, serrant des mains, faisant campagne à la plage pour son nouveau parti nommé (ça ne s’invente pas) « La Ligue pour Salvini Premier ministre ».

Terrain fertile pour les complotistes

Comment expliquer ces mouvements ? Derrière ces théories complotistes et l’attention qu’on y porte, il y a un sentiment de « On nous cache tout, on nous dit rien ». Un manque de confiance envers les autorités, qu’elles soient politiques ou sanitaires. S’il faut trouver un dénominateur commun à tous ces « anti-masques », c’est l’aspect libertaire très présent chez les Anglo-Saxons : le fait que pour eux, les mesures de précaution menacent, voire visent délibérément à leur enlever leurs libertés individuelles.

Mais en fin de compte, c’est peut-être avant tout de l’anxiété de faire face à une situation hors de contrôle qui parle. Les atermoiements des autorités quant au port du masque, les mesures de précaution prises un peu à l’aveugle étant donné le manque de certitude qui perdure autour du coronavirus et l’atmosphère anxiogène auxquels viennent s’ajouter des mesures de tracing technologiques dignes d’un film de science-fiction, tout cela est « un terrain fertile pour les complotistes », explique Kenzo Nera, doctorant en psychologie sociale, au Soir. Qui ajoute que « lorsque la quantité de masques était insuffisante au début de la crise, ils criaient au scandale organisé . Maintenant qu’on nous l’impose, ils estiment qu’on les prive de leurs libertés ».

Ce que dit également Rudy Reichstadt, directeur de l’Institut Conspiracy Watch, interrogé par France Info : « La question du port du masque est presque secondaire. Si le gouvernement ne nous incitait pas à le porter, peut-être qu’on aurait des mouvements complotistes qui nous diraient ‘mais regardez, ils veulent nous tuer, ils veulent qu’on ait le virus puisqu’ils nous interdisent de porter un masque, on n’en trouve pas, etc. » 

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