Après Beyrouth: Faut-il avoir peur du nitrate d’ammonium?

Après le drame libanais, tous les regards se tournent vers le nitrate d'ammonium, ce simple engrais au potentiel dangereusement explosif. Mais comment est-ce possible?

- AFP

Beyrouth a été dévastée mardi soir par une violente explosion qui a fait au moins 137 morts et des milliers de blessés, selon un dernier bilan provisoire. En cause: environ 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium stockées « sans mesures de précaution » près du port de la ville, selon les autorités libanaises. C’est loin d’être la première fois que ce composant cause une tragédie. Oppau en Allemagne en 1921 (561 morts), Toulouse en 2001 (31 morts), Texas en 2013 (15 morts) ou encore Tianjin en Chine en 2015 (173 morts)… La liste est malheureusement longue, et contient également des catastrophes criminelles, comme l’attentat d’Oklahoma City, en 1995, où une bombe fabriquée à partir de deux tonnes de nitrate d’ammonium a tué 168 personnes. Mais comment cette substance, produite également en Belgique, peut-elle se transformer en dangereux explosif?

Potentiellement explosif

Pour le comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’est le nitrate d’ammonium. Ce « sel » blanc et inodore, obtenu par un mélange d’ammoniaque et d’acide nitrique, est utilisé principalement dans la composition d’engrais agricoles, en raison de l’azote qui permet de fertiliser les sols, ainsi que dans la fabrication d’explosifs. La substance ne peut toutefois pas déclencher d’explosion à elle seule, car ce n’est pas un produit combustible, mais un comburant. C’est-à-dire qu’elle permet de provoquer ou de favoriser la combustion d’autres matériaux.

À partir du moment où il est stocké et manipulé dans des conditions strictes, le nitrate d’ammonium est stable et sans grand danger. Cependant, à des températures suffisamment élevées, au-delà de 290°C, il se révèle dévastateur. À proximité d’un feu intense ou lorsqu’une explosion se produit à l’endroit où il est stocké, le nitrate d’ammonium se décompose, libérant une importante quantité d’énergie et créant une onde de choc avec cet effet de souffle monstrueux qu’ont montré les nombreuses images prises dans la capitale libanaise. Bien que l’origine du drame à Beyrouth doit encore être confirmée, le déclencheur pourrait être, dans ce cas-ci, l’incendie qui a précédé l’explosion sur le port. Des quantités importantes de nitrate d’ammonium sont toutefois nécessaires pour obtenir cette réaction en chaîne. Au Liban, les chiffres donnent le tournis: 2.750 tonnes, soit neuf fois plus que lors de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001.

Et chez nous?

En Belgique, quelques entreprises fabriquent du nitrate d’ammonium ou s’en servent pour produire de l’engrais agricole. C’est le cas notamment d’EuroChem à Anvers, Yara à Tertre ou encore Rosier à Moustier. Un telle catastrophe pourrait-il se produire chez nous? Le risque zéro n’existe pas, mais c’est peu probable.

Les sites Seveso sont très encadrés. La production, le stockage et le transport des substances potentiellement dangereuses sont soumis à des règles de sécurité très strictes. Dans ces entreprises, la température est monitorée en permanence, les quantités stockées sont limitées, un plan d’urgence interne est élaboré et régulièrement répété et des contrôles – annoncés ou inopinés – sont effectués. Au moins une inspection tous les trois ans. Pour obtenir son permis d’exploiter, une entreprise Seveso doit également démontrer qu’elle présente un risque très faible d’accident, avec probabilité inférieure à 1 sur 1 million, souligne la RTBF. Par comparaison, lorsque l’on prend sa voiture, le risque d’avoir un accident est évalué à 1 sur 10 000.

Après le drame survenu à Beyrouth, la ministre wallonne de l’environnement Céline Tellier veut toutefois s’assurer que tout est sous contrôle. Elle a annoncé mercredi soir avoir mandaté l’administration pour mener un audit « dans les plus brefs délais » des entreprises Seveso wallonnes utilisant des nitrates d’ammonium. « Il est indispensable de pouvoir vérifier rapidement qu’un accident comme celui qui est malheureusement arrivé à Beyrouth ne puisse survenir en Wallonie. »

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