Quand la crise fait reculer la consommation mondiale de viande

Bonne nouvelle pour la planète. L'industrie de la viande est en déclin pour la deuxième année consécutive.

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« Le monde perd enfin son goût pour la viande. » C’est ainsi que Bloomberg interprète la baisse de production mondiale de viande annoncée pour 2020. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation de viande par habitant devrait chuter de 3% cette année, marquant la plus forte baisse enregistrée depuis au moins 20 ans et la deuxième année de déclin consécutive.

Cette situation inédite s’explique notamment par la crise sanitaire qui a contaminé toute l’économie. La pandémie de coronavirus est venue mettre un frein à la croissance constante et quasiment ininterrompue dont pouvait se vanter l’industrie de la viande, en dépit des mises en garde scientifiques. Mais avec les importations limitées, le pouvoir d’achat impacté, les restaurants fermés et les nombreux clusters détectés dans des abattoirs à travers le monde, la donne a changé. Par incapacité, par choix ou par méfiance, les consommateurs ont mangé globalement moins de viande.

Une production massive

Les chiffres restent tout de même impressionnants. Chaque année, ce sont au moins 65 milliards animaux qui sont tués pour leur chair, selon la FAO. Soit plus de 2.000 animaux par seconde. En 2020, la production devrait atteindre 333 millions de tonnes, contre 340 en 2018 et… 170 en 1988. Cela signifie qu’en l’espace de 30 ans, la demande mondiale a triplé.

Pendant ce temps-là, notre assiette a pourtant peu changé. Le porc, le poulet et le boeuf sont restées les trois viandes les plus populaires, représentant, à elles seules, 85 à 88% de la production totale depuis près de six décennies. Le déclin de 2020 aura inévitablement un impact sur ce trio de tête, et plus particulièrement sur la viande bovine. Celle-ci a perdu son statut de leader, passant de 39% de la viande indus­trielle en 1961 contre 20% aujourd’hui, tandis que la production de poulet a explosé, de 11% à 34%.

Un troupeau de vaches

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Même les plus carnivores devraient se réjouir de cette baisse

Cette baisse de la consommation de viande industrielle – et plus particulièrement de boeuf – est une bonne nouvelle pour la planète et pour notre santé. Ce n’est plus un scoop pour personne: cette production massive est lourde de conséquences sur notre environnement. Car avant d’être cancérigène, la viande est extrêmement polluante.

La consommation de viande et l’élevage destiné à l’alimenter représentent la première source d’émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, devant les transports. C’est avant tout la viande bovine qui est pointée du doigt, car sa production génère dix fois plus de CO2 que celle de porc ou de poulet, selon Bloomberg. Gourmand en ressources (eau, céréales, terre), l’élevage de boeuf favorise également la déforestation, soit pour le pâturage du bétail, soit pour la production de céréales destinées à les nourrir.

Bien que moins émettrices de gaz à effet de serre, les viandes de porc et de poulet posent d’autres problèmes à l’environnement, dus aux élevages industriels. Réduire sa consommation de viande est donc primordial dans la lutte contre le réchauffement climatique, en plus de privilégier celle de qualité, locale et bio.

Croissance démographique

Reste à savoir si cette tendance observée depuis deux ans va s’inscrire dans le temps. Si les consommateurs s’habituent à consommer moins de viande avec la pandémie, vont-ils modifier durablement leur régime alimentaire une fois que la crise du Covid-19 sera passée? Avec le retour à la normale, le risque de voir la production de viande repartir à la hausse est réel, mais cela s’expliquerait surtout par la crois­sance démo­gra­phique. En 2100, la population mondiale pourrait atteindre, selon l’ONU près de 11 milliards de personnes. Et autant de bouches à nourrir. Cette prédiction a toutefois été récemment remise en cause. Deuxième bonne nouvelle. Selon une étude publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, la population mondiale atteindra un pic en 2064 avant de décliner. À la fin du siècle, la planète ne compterait plus que 8,8 milliards d’habitants. Soit deux milliards de moins que ce que prévoit l’ONU et un milliard de plus qu’aujourd’hui.

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