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" Moins 50% sur une vie " : L’industrie de la mode accusée de profiter du travail forcé des Ouïghours

À travers le monde, les citoyens se mobilisent pour briser le silence autour de la répression des Ouïghours par la Chine. Les derniers en date: les militants de l'association Youth for Climate dénoncent la complicité de l'industrie de la mode.

Dans un champ de coton, à Hami dans la région du Xinjiang, en 2015 - Belga Iamage/Imago

" Ce produit a été conçu par des esclaves ouïghour.e.s " Placée sur des vêtements Gap, H&M, Zara, Monki et des téléphones Samsung, l’étiquette est l’oeuvre de l’association parisienne Youth for Climate. Samedi, dans les magasins de la capitale française, ses militants ont mené une action, à la fois discrète et poignante, pour dénoncer la complicité des marques de fast-fashion – et de celles et ceux qui les achètent – dans la détention et l’exploitation des Ouïghours en Chine.

En cette période de soldes, l’association engagée pour une justice climatique et sociale nous invite à réfléchir à notre consommation et à son impact. " Acheter, c’est être complice du génocide ", dénonce-t-elle, utilisant les codes de la promotion en magasins: " -50% sur une vie ".

 

Marques de luxe et grand public

La campagne de Youth for Climate ne s’arrête pas aux quelques labels photographiés. C’est l’ensemble de l’industrie de la mode qui est visée ici. Nike, C&A, Adidas, Calvin Klein, Uniqlo, Victoria’s Secret, Tommy Hilfiger… 83 marques de prêt-à-porter, mais aussi de l’automobile et de l’électronique, sont pointées du doigt pour leurs liens avec les fournisseurs en contact, de près ou de loin, avec les camps en Chine où seraient détenus plus d’un million d’Ouïghours. D’après un récent rapport établi par 190 organisations, un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde contient du coton ou du fil produit dans le Xinjiang. Et 84% de la production mondiale de coton provient de cette province du nord-ouest de la Chine où se trouvent ces camps.

Les détenus sont pour beaucoup forcés de travailler dans des champs ou des usines pour des salaires de misère, voire sans rémunération. Dans son appel, la coalition de groupes de défense des droits humains affirme que " le système de travail forcé mis en place dans la région est le plus grand programme d’internement de minorité ethnique et religieuse depuis la Seconde guerre mondiale ".

Quelques jours avant l’action de Youth for Climate, des militantes féministes se sont également mobilisées contre la répression des Ouïghours et le silence qui l’entoure, en collant des messages sur les murs de l’ambassade de Chine et d’entreprises complices à Paris.

 

Génocide en cours

Depuis plus de quatre ans, sous prétexte de lutte contre le séparatisme et le terrorisme, cette minorité musulmane est persécutée par l’Etat chinois. En évoquant les camps, la Chine réfute et affirme qu’il s’agit de " centres de formation professionnelle " visant à prévenir l’extrémisme et la radicalisation par l’enseignement du mandarin et de compétences professionnelles. Les nouvelles du Xinjiang sont toujours plus inquiétantes à mesure que les rares informations parviennent à l’extérieur du pays: emprisonnements, déportations, surveillance de masse, torture, avortements et stérilisations forcés, viols… Ces pratiques inacceptables et inhumaines visent à réduire démographiquement cette population. C’est pourquoi de nombreux militants et politiciens accusent la Chine de génocide et crime contre l’humanité. " La Chine éradique une identité ", a accusé récemment Raphaël Glucksmann dans le Parisien. Depuis plusieurs semaines, le député européen mène une campagne pour briser le silence sur cette répression et interpelle les multinationales. Plusieurs marques, dont Tommy Hilfiger, Calvin Klein et Lacoste, se sont déjà engagées à couper leurs liens avec des fournisseurs chinois exploitant les Ouïghours. La pression sur Beijing se fait de plus en plus forte.