600 millions d’euros pour les soins de santé : « Un accord historique »

Le gouvernement fédéral et les partenaires sociaux ont conclu ce mardi un pré-accord pour revaloriser les métiers des soins de santé : 500 millions seront destinés à une revalorisation salariale et 100 millions à l'amélioration des conditions de travail. Du côté syndical, on ne cache pas sa satisfaction.

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Avec la crise du coronavirus, l’importance des métiers liés aux soins de santé s’est ressentie comme rarement. Les difficultés du secteur et son manque de moyens aussi. Politiquement, il semblait compliqué de ne pas s’y montrer sensible. Le gouvernement fédéral s’est donc résolu à faire un geste : 600 millions d’euros vont être débloqués pour revaloriser les soins de santé. Ce mardi, le cabinet du ministre du Budget et de la Fonction publique David Clarinval (MR) a annoncé la conclusion d’un avant-projet d’accord social entre le fédéral et les partenaires sociaux, qui doit encore être formellement approuvé par le gouvernement Wilmès, avant d’être soumis au vote à la Chambre.

Dans l’enveloppe octroyée, 500 millions d’euros seront destinés à une revalorisation des salaires du personnel infirmier et des aides-soignants, du personnel  administratif ou technique (laborantins, entretien, etc.) ; c’est l’ensemble du secteur fédéral des soins de santé qui est ici concerné. En outre, 100 millions seront consacrés à l’amélioration des conditions de travail. À cette somme de 600 millions s’ajoute les 400 millions du fond blouses blanches déjà votés en novembre dernier. C’est donc pas moins d’un milliard supplémentaire qui sera disponible chaque année pour le personnel du secteur, à partir de 2022 (une partie des fonds sera déjà débloquée en 2021).

Victoire syndicale

Tant du côté de la CNE que du SLFP, on ne cache pas sa satisfaction. « C’est un accord historique » juge carrément Nathalie Lionnet, secrétaire fédérale non-marchand du Setca. Un milliard de plus par an pour les soins de santé ? Du jamais vu. On prend le chemin d’un financement structurel, pérenne pour le secteur. C’est un très bon signal pour les travailleurs ».

Des travailleurs qui auront enfin une bonne nouvelle au moment de regarder leur fiche de paie. En 2017, de nouvelles échelles barémiques avaient été adoptées pour l’ensemble du secteur. Celles-ci devaient revaloriser les salaires, en prenant davantage en compte la pénibilité et les responsabilités des fonctions occupées, au lieu de se baser uniquement sur le diplôme obtenu. Mais, faute de budgets disponibles, la plupart des travailleurs n’avaient pas vu la couleur de cette revalorisation salariale.

Ça sera désormais le cas. « À la grosse louche, ça concerne 80% des travailleurs du secteur, explique Nathalie Lionnet. On parle de 3 à 15% d’augmentation sur la fiche de paie, d’une situation à l’autre ». À terme, il sera aussi question d’octroyer un treizième mois complet, ainsi que de mieux valoriser les compétences acquises dans d’autres domaines.

« Un peu souffler »

Voilà pour le gros de l’enveloppe. Le solde -100 millions d’euros – ira donc à l’amélioration des conditions de travail. Certains en attendaient plus (un montant de 300 millions d’euros a été évoqué par Le Soir). Nathalie Lionnet, elle, veut voir le verre à moitié plein. « Ne crachons pas dans la soupe. 100 millions c’est déjà pas mal. Il y a de quoi faire ». Pas un euro de ce budget ne sera en effet de trop. « Améliorer les conditions de travail, c’est une vraie nécessité, autant pour les patients que pour le personnel. Des infirmiers qui font 11 heures de nuit avec 30 patients, on connait. Les équipes vont enfin pouvoir un peu souffler ».

De quoi peut-être, répondre au sous-effectif chronique qui touche le milieu hospitalier. En janvier 2020, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) et la KU Leuven pointaient le manque d’infirmiers dans les hôpitaux belges : en moyenne, un infirmier s’occupe de 9,4 patients, alors que la normes de sécurité internationalement acceptée est de 8 patients maximum. « Renforcer les conditions de travail, c’est aussi renforcer l’attractivité des métiers des soins de santé, juge la sécrétaire fédérale Setca. Il y a encore trop de collègues épuisés, dégoûtés par les conditions actuelles ».

Avec cet accord, il sera désormais possible de prendre 3 semaines de congé consécutives ; les horaires de travail devraient se stabiliser ; l’accent sera également mis sur la prévention contre le burn-out. « On va pouvoir renforcer le socle des métiers, notamment dans la logistique. Les infirmiers pourront donc se concentrer sur le travail de soins, sur leur expertise », complète Nathalie Lionnet.

Ne pas oublier les maisons de repos

Tout n’est pas rose pour autant. S’ils ont salué la conclusion de cet accord pour le niveau fédéral du secteur, les syndicats n’entendent pas déserter d’autres champs de bataille. Comme celui de la revalorisation salariale du personnel des maisons de repos, dont la gestion dépend des Régions. « La crise du coronavirus a aussi mis l’accent sur le travail des maisons de repos, acquiesce Nathalie Lionnet. On a vu qu’il y a manqué du personnel au plus fort de la crise. Il va falloir là-aussi renforcer l’attractivité des métiers, sinon une partie des soignants sera tentée de partir vers le milieu hospitalier, lorsque les salaires y auront augmenté. C’est un enjeu majeur ».

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