Comment J.K. Rowling est devenue Voldemort

Depuis plusieurs mois, l'autrice de la saga Harry Potter multiplie les sorties jugées transphobes. À tel point que de nombreux fans se distancient de leur ancienne idole.

J.K. Rowling - BELGA IMAGE/Angela Weiss

L’histoire d’amour entre J.K. Rowling et les fans de Harry Potter est finie. Deux des plus grands sites d’informations de la communauté, Muggle Net et le Leaky Cauldron, ont récemment annoncé qu’ils ne partageraient plus de photo de l’autrice de la saga et qu’ils n’écriraient plus rien sur son actualité. En cause? Depuis quelques mois, la mère du célèbre sorcier multiplie les propos jugés transphobes.

« En plus du dégoût que nous ressentons pour son choix de publier ces déclarations pendant le mois de la fierté, nous trouvons que l’utilisation de son influence et de ses privilèges pour cibler les personnes marginalisées est en décalage avec le message d’acceptation et d’empowerment diffusé dans ses livres et célébré par la communauté Harry Potter », peut-on lire dans le communiqué, qui conclut: « Notre position est ferme: les femmes transgenres sont des femmes. Les hommes transgenres sont des hommes. Les personnes non binaires sont non binaires. Les personnes intersexes existent et ne devraient pas être forcées de vivre dans la binarité. »

« Un nouveau type de thérapie de conversion »

La dernière sortie polémique date de dimanche dernier. Dans une série de onze tweets, J.K Rowling a comparé la prescription d’hormones dans le cadre d’un changement de sexe à la prise d’antidépresseurs. La Britannique de 54 ans relie, par conséquent, la transidentité à une pathologie mentale. Ce contre quoi les associations LGBT+ se battent depuis de nombreuses années, récompensées par le retrait officiel de cette classification par l’OMS, en mai 2019. « Les professionnels de la santé sont préoccupés par le fait que les jeunes qui luttent contre des problèmes mentaux sont déviés vers les hormones et la chirurgie alors que ce n’est peut-être pas dans leur meilleur intérêt », écrit-elle. Si la prescription d’inhibiteurs d’hormones aux mineurs fait débat, de nombreuses études ont démontré l’intérêt vital que ces « bloqueurs de puberté » peuvent avoir sur le bien-être des adolescents trans, une communauté qui a jusqu’à 10 fois plus de risque de se suicider que ses pairs cisgenres.

J.K Rowling est allée encore plus loin en comparant l’hormonothérapie à la thérapie de conversion, pratique controversée dont le but – impossible – est de tenter de changer l’orientation sexuelle d’une personne. « Beaucoup, comme moi, pensent que nous assistons à un nouveau type de thérapie de conversion pour les jeunes homosexuels, qui seraient poussés vers une médicalisation à vie pouvant entraîner la perte de leur fertilité et de leur pleine fonction sexuelle. »

Les propos de la romancière n’ont pas manqué de faire réagir. Certains ont dénoncé des amalgames problématiques et douloureux pour les personnes concernées, déjà marginalisées, d’autres ont retourné son argumentation contre elle, affirmant que ce sont ces tentatives répétées de persuader les personnes trans qu’elles ne le sont pas qui s’apparentent, en réalité, à une forme de thérapie de conversion.

Sexe et genre, l’amalgame

Ce n’est pas la première fois que les déclarations de J.K. Rowling sur les personnes trans provoquent de telles critiques. En décembre dernier, elle a apporté son soutien à Maya Forstater, une chercheuse britannique licencié après avoir proféré des propos transphobes, déclarant notamment que « les hommes ne peuvent pas se transformer en femmes ».

En juin, rebelote. En plein mois des fiertés, l’écrivaine a partagé un article évoquant « les personnes qui ont leurs règles », qui inclut par cette formulation les hommes trans et les personnes non-binaires, avec un commentaire sarcastique: « Je suis sûre qu’il y avait un mot pour désigner ces personnes. Que quelqu’un m’aide. Feum? Famme? Feemm? », a-t-elle écrit, feignant d’oublier le mot « femmes ». Accusée à nouveau de transphobie, J.K Rowling se défend… avec d’autres propos jugés transphobes. « Je connais des personnes trans et je les aime, mais effacer le concept de sexe enlève à de nombreuses personnes la possibilité de parler concrètement de leur vie. Il n’y a rien de haineux à dire la vérité », écrit la créatrice de Harry Potter, faisant un amalgame entre les termes « sexe », qui relève de la biologie, et « genre », une construction sociale.

J.K. Rowling s’enfonce

Ses multiples sorties décriées par les militants LGBT ont poussé Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint, le trio star de l’adaptation cinématographique de la saga, à se désolidariser de la créatrice, affirmant que « les femmes trans sont des femmes ». Point.

Devant l’avalanche de critiques, celle qui a reçu des menaces de mort tente la conciliation, avec un billet publié sur son blog, mais s’enfonce. En révélant son histoire, celle d’une survivante de violences conjugales, elle affirme son empathie et sa solidarité avec les femmes trans qui ont été abusées par les hommes. « Je veux que les femmes trans soient en sécurité. En même temps, je ne veux pas que les filles et femmes « de naissance » le soient moins », écrit-elle ensuite, estimant que permettre aux femmes trans, ou, selon ses mots, « n’importe quel homme qui croit être une femme », d’accéder à des espaces unisexes peut être dangereux pour les femmes cisgenres. La liste des déclarations jugées transphobes s’allonge encore un peu plus.

Dans ce billet, J.K Rowling répond également à l’appellation TERF que ses propos lui ont valu. Cet acronyme pour « trans-exclusionary radical feminist » désigne des personnes se revendiquant féministes qui estiment que les luttes trans invisibilisent les luttes pour les droits des femmes. Ces « critiques du genre », comme elles préfèrent se définir, veulent étiqueter les femmes trans comme étant des hommes « pour mieux leur retirer les droits dont elles jouissent actuellement », dénonce la militante Katy Montgomerie.

Merci Robert Galbraith

Alors que J.K Rowling semble avoir quelques opinions bien tranchées sur l’identité de genre, il est intéressant de rappeler que Joanne Rowling de son vrai nom a choisi deux pseudonymes, l’un avec des initiales non-genrées et l’autre masculin, Robert Galbraith, sous lequel elle publie des romans policiers. De nombreux militants se sont amusés à souligner ce « détail », estimant son histoire devrait lui suffire à comprendre qu’il est possible d’être biologiquement une femme, tout en étant reconnu (et lu) comme un homme.

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