La saga des masques: le vrai et le faux

L'OMS rajuste ses fusils et prône désormais le port du masque universel. Malgré sa gestion hasardeuse au niveau national, la Belgique propose de gérer les stocks de masques de l'Union européenne... On nous aurait donc menti sur toute la ligne ? Quelques clarifications des choses.

Porter le masque réduit la transmission du coronavirus de 70% - Belga

Porter le masque pour contrer le Covid : oui ou non ?

Au départ, ça ne servait pas à grand-chose. Autant aller le visage au vent, porter le masque pour contrer le virus, ce n’était pas nécessaire. C’est ce qu’expliquaient nos experts. Enfin, certains de nos experts. Car le fait est que tout le monde n’était pas d’accord sur ce point… Aujourd’hui, l’OMS a tranché, elle qui avait choisi de ne pas choisir entre les différentes écoles : port du masque obligatoire en Asie/port du masque non obligatoire en Occident. Eh bien, l’Asie a gagné.

Comment expliquer ce revirement de situation ? On peut y voir un aspect politique. L’OMS étant dépendante des Etats donateurs, elle était jusqu’il y a peu sur la ligne américano-occidentale. Or, pour cette ligne, le port du masque ne servait à rien. Surtout, il n’y en avait pas assez pour tout le monde ! La ligne officielle était donc la suivante : port du masque obligatoire pour les médecins et les patients. Pour le bon peuple, ce ne sera pas nécessaire.

En Asie, tout le  monde porte le masque - Belga

Or, depuis le retrait américain des grands donateurs de l’organisation, la Chine et l’Asie sont aux premières loges. Et en Asie, tout le monde porte le masque. Déjà, parce qu’il y en a pour tout le monde, facilement trouvables et que ça ne pose problème à personne de se balader masqué. Chose souvent mal comprise en Europe : « On le met non pas pour se protéger de la maladie, mais pour éviter d’infecter les autres avec ses propres germes », explique un sociologue japonais qui a étudié la question.

Ensuite, il y a un aspect scientifique. Une étude qui vient s’ajouter à toutes les autres, réalisée à Hong Kong, réalisée sur des hamsters dont les cages avaient été recouvertes de la même matière que les masques chirurgicaux. Résultat de la recherche, le port du masque permet de faire baisser le taux de transmission du Covid-19 de 75 %. Le débat est clos. Surtout maintenant que les masques sont de nouveau disponibles en masse…

Notre virologue national Emmanuel André l’a lui-même rappelé dans un tweet il y a quelques jours : « Chers amis, l’utilisation responsable des masques n’est pas un débat politique: c’est une nécessité absolue, surtout en ces temps de calme transitoire. Le COVID est transmis par voie aérienne et est évité grâce au port d’un masque. La prévention doit se faire maintenant. Après, il sera trop tard ». Rappelons que la position officielle du CNS (Conseil national de sécurité) est que le port du masque est « fortement recommandé ».

Port du masque obligatoire dans les écoles belges - Belga

La Belgique se propose pour gérer le stock de masques de l’Union européenne : c’est une blague ?

Absolument pas ! Alors que l’Etat est pointé du doigt pour sa gestion du matériel médical – et notamment l’achat des masques -, le voilà qui pourrait gérer le stock de masques disponible pour tous les pays de l’Union européenne. La Belgique aurait été sollicitée en ce sens par l’Union européenne en raison de son emplacement central mais aussi parce que, contrairement à beaucoup de ses voisins et néanmoins partenaires européens, elle n’a bloqué aucun transport de matériel de protection à destination d’autres pays pendant la crise. Ce qui, il faut bien dire, la place de facto dans le top européen pour gérer un stock au niveau continental.

Or, selon Serge Van Praet, responsable pharmacie (et donc de l’achat des masques) du CHU Saint-Pierre, c’était bien là tout le problème de la gestion des masques dans la jungle qu’était devenu son marché en mars-avril : « C’est toujours facile de tirer sur le pianiste, mais quand la partition est mauvaise, le pianiste ne peut pas faire mieux que la partition ».

Explications : « On est un petit Etat qui fonctionne beaucoup en partenariat avec d’autres pays européens. Mais quand tout le monde se referme sur ses frontières nationales, ça ne peut pas marcher. En Belgique, nos fournisseurs immédiats, ce sont la France, l’Allemagne, l’Angleterre et les Pays-Bas. S’ils ferment leurs frontières pour être sûr de garder leur stock, c’est gênant pour nous. C’est ce qui s’est passé avec un stock de masques coincé en Allemagne parce que le centre de logistique du fournisseur s’y trouve. C’était notre commande, mais Merkel a décidé de tout bloquer. J’étais en contact permanent avec les autorités et elles ont pu débloquer la situation par la voie diplomatique ».

Masques - Belga

La Belgique aurait-elle bien géré la crise des masques ?

Il faut se remettre dans le contexte d’un marché saturé où plus aucune règle ni solidarité n’était de mise entre des Etats qui voulaient tous la même chose au même moment et d’une multiplication d’intermédiaires où les fraudeurs se mêlaient aux gens honnêtes. Bref, une ruée vers l’or sans foi ni loi. Dans ce contexte, selon Serge Van Praet : « L’Etat a essayé de faire au mieux pour obtenir des masques en s’assurant de la qualité. Au début, les autorités ont lancé un appel d’offres parce qu’elles doivent faire ça dans les règles. Il s’est avéré que dans ces appels d’offre, il y avait des choses pas tout à fait robustes. L’Etat était peut-être coincé dans cette logique de marché public et a perdu du temps ou a été trompé. Quand il y a des attentes, qu’on dit ‘Oui, oui, ça va arriver’ et que ça n’arrive pas, c’est normal d’être critiqué. Mais en vrai, les autorités ont aussi été les victimes, comme beaucoup d’autres, dans un marché qu’elles ne connaissaient pas forcément et qui était sens dessus-dessous ».

Il ajoute : « La montée de l’épidémie est allée plus vite qu’on aurait pu l’imaginer. Je pense globalement, que tout le monde a été un peu surpris par l’ampleur que ça a pris. On pouvait s’y attendre, se préparer, mais on n’est jamais prêt. C’est comme pour les attentats. On a beau se préparer à 100%, ça ne se passe jamais comme on l’avait planifié. C’est ça une situation de crise. En plus, celle-ci a duré. Si ça avait duré quinze jours, on aurait résisté, on aurait eu assez de masques. Mais personne n’imaginait pas que ça allait durer trois mois ».

Masques - Belga

Sur le même sujet
Plus d'actualité