Le confinement a révélé le racisme de la police en Europe

C’est le constat d’Amnesty International. Dans un rapport publié ce mercredi, l’ONG dénonce une « tendance préoccupante aux préjugés racistes » au sein des forces de l’ordre, accusées d’avoir contrôlé « de manière disproportionnée » les minorités ethniques durant le confinement.

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Contrôles d’identité discriminatoires, quarantaines forcées, violences… Les minorités ethniques ont été visées « de manière disproportionnée » par les polices européennes durant la période du confinement, dénonce Amnesty International dans un rapport publié ce 24 juin. Selon l’ONG, ce rapport « met en évidence une tendance préoccupante aux préjugés racistes au sein des forces de police » dans les 12 pays examinés en Europe (dont la Belgique). « Les violences policières et les inquiétudes liées au racisme institutionnel ne sont pas nouvelles, mais la pandémie de COVID-19 et le contrôle coercitif de l’application des mesures de confinement qui en découlent ont révélé leur ampleur, a contextualisé Marco Peroloni, chercheur d’Amnesty International pour l’Europe de l’Ouest. Il faut de toute urgence lutter contre la triple menace que représentent la discrimination, l’utilisation illégale de la force et l’impunité de la police ».

Sans toujours apporter d’éléments inédits, le rapport documente l’action de la police pendant le confinement. S’appuyant sur les dernières données de Police Watch, les auteurs rappellent que la Ligue des Droits humains (LDH) a collecté 102 allégations de comportements abusifs par la police belge entre la mi-mars et la fin mai. Pour la LDH, dans 36% des cas, il s’agissait d’une utilisation illégale de la force et dans 21% des cas, d’insultes. 40% des victimes étaient des personnes dites racisées.

Multiplication des contrôles

 « Le fait que, en Belgique, des représentants des forces de l’ordre aient eu recours à un usage illégal de la force pour faire respecter les mesures de confinement est inquiétant et nous demandons que soient menées des investigations indépendantes et efficaces concernant ces abus. Nous jugeons également très problématique le fait qu’il n’existe pas de lois interdisant explicitement le profilage ethnique et que nos autorités échouent à collecter des données précises sur les contrôles de police », a déclaré Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l’organisation. Sans statistiques précises sur le nombre de contrôles policiers, il est en effet difficile d’objectiver le phénomène du profilage ethnique chez nous.

Le Royaume-Uni est l’un des rares pays d’Europe à tenir des données sur l’application des lois ventilées par appartenance ethnique. Celles-ci révèlent que la police londonienne a enregistré une hausse de 22% des opérations de fouille entre mars et avril 2020. Dans le même temps, la part des personnes de couleur noire soumises à des fouilles a, elle, augmenté de près d’un tiers.

Même chose en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre en France métropolitaine, qui compte une importante population d’origine immigrée. Alors que selon les autorités locales, le respect des mesures de confinement y était semblable au reste de la France, le nombre de contraventions pour infraction aux règles sanitaires a été trois fois plus élevé qu’ailleurs. Amnesty cite également le cas de quartiers défavorisés à Nice, qui ont été soumis à des couvre-feux plus importants que dans le reste de la ville. Précisons qu’à ce sujet, le tribunal administratif de Nice n’a pas jugé la mesure « discriminatoire ».

Usages abusifs de la force

En plus de s’être vus davantage contrôlés durant le confinement, des membres de minorités ethniques ont également été victimes de violences policières, souvent d’ailleurs lors des contrôles d’identité et des fouilles. L’ONG dit avoir vérifié 34 vidéos, montrant des agents de police utiliser la force illégalement, « alors qu’elle n’était souvent pas nécessaire ». Ce fut notamment le cas à Bilbao, en Espagne, ou à l’Île-Saint-Denis (près de Paris). Dans une vidéo filmée par des habitants du quartier, on aperçoit un Égyptien de 27 ans, résidant en France depuis 10 ans, être poursuivi par la police avant de se jeter dans la Seine, le 26 avril dernier. Il est alors traité de « bicot » par les policiers ; un agent ajoute même : « tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied ». Le jeune homme sera ensuite maintenu en garde à vue. Sans être inculpé de quoi que ce soit, il recevra finalement un ordre de quitter le territoire. Deux des policiers identifiés sur la vidéo ont par la suite été suspendus administrativement.

 

Amnesty documente également d’autres formes de discriminations policières en Europe, à l’égard des Roms, de réfugiés ou de sans-abris. En Bulgarie, plus de 50.000 personnes roms ont subi de graves pénuries alimentaires, soumises à des quarantaines obligatoires. Dans les quartiers roms, le revenu médian aurait ainsi chuté de 61% entre mars et mai 2020.  Et en Italie, en Espagne ou au Royaume-Uni, des personnes sans-abri ont reçu des contraventions pour n’avoir pu respecter les mesures d’isolement à domicile ( !).

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