Décorés par le roi au nom de Léopold II

Au nom du Congo, Léopold II avait créé un ordre qui récompense aujourd'hui encore une foule de personnes « exceptionnelles ». D'Elio Di Rupo ou Louis Michel à Maggie De Block ou Charles Aznavour, on croise du beau monde dans ce « club fermé » du nom d'un roi sanguinaire. 

De Grand-Crois à chevalier, il existe huit distinctions dans l'ordre de Léopold II

Peut-on – raisonnablement – déboulonner les statues, les ranger dans des musées et (continuer) à promouvoir des gens – à titre civil ou militaire – dans « l’Ordre de Léopold II » ? Curieusement, alors que la personnalité de Léopold II fait polémique depuis des années, cette question n’a jamais été posée. Aujourd’hui encore, et sans faiblir, on distingue chaque année des dizaines de Belges « au nom de Léopold II ».

L’ordre de Léopold II a été créé le 24 août 1900 par le Léopold II en tant que souverain de l’Etat alors indépendant du Congo. En 1908, l’Ordre a été intégré dans l’ensemble des décorations belges. De nos jours, les distinctions du nom du second roi des Belges sont attribuées pour services exceptionnels envers le Roi et tant que « signe de son estime personnelle ».

Le transfert de l’ordre de Léopold II de l’Etat indépendant du Congo à la Belgique s’est opéré non par une loi mais par le simple remplacement de la devise « Travail et progrès » sur l’écusson des médailles de l’ordre par celle de la Belgique, « L’union fait la force ». La devise était alors uniquement en français. En 1951, un arrêté royal a été pris concernant l’usage des langues en matière de décorations et la devise est devenue bilingue sur toutes les décorations de l’ordre de Léopold II. Depuis lors, ces décorations n’ont plus jamais été modifiées.

Très émotionnel et symbolique

Il existe en réalité trois « ordres », celui de Léopold, celui de la couronne et celui de Léopold II, qui est le moins élevé en termes de distinction. Mais nombre de fonctionnaires, policiers ou personnalités civiles et diverses se sont vus décerner au fil des années une décoration qu’ils portent avec fierté et émotion au terme d’une carrière souvent exemplaire. C’est le cas d’un très grand nombre de militaires mais aussi de chef d’entreprise ou encore de directeurs d’école franchement méritants.

La décoration en tant qu’objet matériel n’a que peu de valeur. On en trouve en seconde main autour de 10 euros. Mais la charge émotionnelle et symbolique est très forte pour un certain nombre de ceux qui la reçoivent. Tous ordres confondus, 25 000 décorations sont décernées chaque année en Belgique. C’est donc loin d’être anecdotique. Par ailleurs, cette pratique est stable et n’enregistre aucune baisse.

Elio Di Rupo et Marka font partie de l’ordre

Dans les rangs des décorés de cet ordre, on croise aussi du beau monde. Au rang le plus élevé – la Grand-Croix de l’ordre de Léopold II – se cotoient ainsi Elio Di Rupo, Patrick Dewael, Louis Michel, Philippe Busquin ou encore François Englert. Parmis les « commandeurs de l’ordre », Emir Kir, Maggie De Block ou Melchior Wathelet junior peuvent se donner la main. Claude Barzotti, José Van Dam ou Eddy Merckx sont, eux, « officiers ». Quelques artistes enfin ont accepté cette récompense en tant que « chevaliers » : Jeff Bodart, Marka, Perry Rose ou Charles Aznavour.

Tout ceci est une affaire sérieuse. Les personnes ditinguées sont inscrites dans l’ordre de Léopold II par arrêté royal. Il ne suffirait pas pour elles de renvoyer leur décoration. Il faudrait carrément promulguer d’autres arrêtés royaux pour que ces personnes en « sortent ». C’est encore bien plus complexe de remiser un ordre royal centenaire que des statues dans un musée, si telle était aujourd’hui la volonté.

 

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