500 millions de personnes menacées par la pauvreté: les femmes et les emplois informels les plus touchés

Les Nations Unies et le Forum économique mondial estiment que la crise devrait faire basculer un demi-milliard de personnes dans la pauvreté. Oxfam a proposé plusieurs recommandations mais craint de ne pas être entendue.

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C’est un chiffre colossal qui a de quoi faire peur : plus d’un vingtième de la population mondiale risque de basculer dans la pauvreté à cause de la crise, autrement dit de 434 à 611 millions de personnes. C’est le résultat sur lequel ont abouti les principales organisations économiques internationales. Il ne faut toutefois pas se tromper: derrière ce bilan, ce ne sont pas forcément les pays les plus touchés par le Covid-19 qui sont concernés. Si la pandémie fait déjà des ravages dans les économies occidentales, ce sont d’autres régions du monde qui payent la plupart des pots cassés. Quand on regarde de plus près encore, les conséquences de la crise sanitaire touchent beaucoup plus certaines personnes que d’autres.

Des pays pauvres toujours plus pauvres

Comme le montrent les chiffres des Nations Unies, les régions du monde les plus affectées sur le plan économique sont l’Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que l’Afrique. Dans ces zones-là, les personnes basculant dans la pauvreté se comptent en centaines de millions. En comparaison, les pays bien plus touchés par le Covid-19 comme les États-Unis, la Chine, les États européens… s’en sortent bien mieux. Cela pourrait sembler paradoxal et pourtant, cela s’explique parfaitement.

«Ceux qui sont les plus vulnérables face à la crise économique, ce sont les travailleurs informels, autrement dit ceux qui ont des revenus sans filet de sécurité sociale. À la moindre incertitude, même sur une courte période, ils subissent des conséquences immédiates. Or la crise a provoqué l’arrêt de leurs revenus. C’est le cas avec des suppressions d’emploi dans le textile en Asie du Sud, dans l’horticulture au Kenya… En Europe, il y a moins de métiers de productions aussi fragiles», analyse Aurore Guieu responsable de l’équipe justice fiscale et inégalités chez Oxfam Solidarité. «Cela pourrait constituer à l’échelle mondiale un recul de 10 ans dans la lutte contre la pauvreté, voire de 30 ans dans certaines régions comme l’Afrique subsaharienne ou le Moyen-Orient».

Ce qu’elle fait aussi remarquer, c’est que ces emplois informels sont souvent dévolus à un groupe particulier: les femmes. Dans les pays pauvres, 92% d’entre elles sont concernées par de tels boulots. Autrement dit, la crise actuelle les frappe en priorité. En découle une augmentation des inégalités avec les hommes.

Dans l’attente de solutions

Oxfam craint d’autant plus pour le sort de ces femmes qu’elles risquent d’être également les premières touchées si les États optent pour l’austérité. «Les coupes franches opérées dans les soins des enfants et des personnes âgées et les systèmes de santé publique enferment les femmes chez elles, où elles ne sont pas toujours en sécurité : les filles contraintes de rester à la maison plutôt que d’aller à l’école sont davantage exposées au risque de violences sexuelles et de grossesse précoce», écrit ainsi Oxfam dans son rapport sur le sujet. L’austérité dans les pays pauvres déboucherait alors sur une situation catastrophique pour la gente féminine.

Quand Aurore Guieu se voit demander quelle est sa plus grande crainte concernant la crise, c’est donc tout naturellement l’austérité qu’elle cite en premier. Pour elle, c’est même un problème qui serait déjà visible depuis la Belgique: «aujourd’hui, quand on voit qu’Alexander De Croo annonce qu’il n’y aura pas de moyens supplémentaires pour la coopération, on redoute de voir revenir en boucle le même discours : il n’y a plus d’argent dans les caisses et il n’est plus possible d’aider», dit-elle.

Outre renoncer à l’austérité, Oxfam propose d’instaurer un impôt sur la fortune, d’améliorer les systèmes de sécurité sociale, de renflouer les entreprises de manière responsable et d’avoir une reprise axée sur l’écologie. «En Afrique, il y a eu des transferts rapides d’argent à la population sans trop cibler parce que cela aurait laissé une bonne partie des gens de côté. Maintenant, il faut qu’il y ait l’établissement d’une protection sociale sur le long terme, pas seulement en cas de crise. Enfin, on craint de ne pas voir de réflexion réelle sur les dettes des pays pauvres qui ne peuvent être pour l’instant que suspendues en 2020, alors qu’il faudrait une annulation. Cela ne pèserait pas véritablement sur le budget d’un pays comme celui de la Belgique et cela permettrait à certains pays de développer leurs sécurités sociales», assure Aurore Guieu.

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