La déforestation bondit de 150% pendant la crise: que faire pour arrêter la machine infernale?

Un rapport du WWF note que 6450 km² de forêts tropicales ont été détruits sur le seul mois de mars, soit près de six fois la taille du Brabant wallon. Le phénomène est visible dans plusieurs régions du monde mais cela se confronte à des problématiques locales différentes.

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Pour le WWF, c’est un fait: le Covid-19 n’aide les forêts tropicales. Rien qu’au début de la crise sanitaire, l’ONG a remarqué une poussée importante de la déforestation, soit 150% avec l’équivalent de six fois le Brabant wallon parti en fumée. Au mois de mars, 20% de cette déforestation a été constatée en Indonésie, le République démocratique du Congo et le Brésil suivant de près. Le WWF explique en partie le phénomène mais il est important de rappeler que cela ne se manifeste pas de manière uniforme tout autour du globe.

Une influence à géométrie variable du coronavirus

Pour savoir comment le Covid-19 a pu encourager l’augmentation de la déforestation, il faut donc regarder par zone. Comme le précise Thibault Ledecq, coordinateur du WWF dans la Région du Mékong, «en Asie du Sud-Est, la période de confinement a contraint les gouvernements de nombreux pays à moins s’investir dans la surveillance et la gestion des forêts. La présence de la police et des éco-gardes a diminué sur le terrain, ce qui encourage l’abattage illégal et le pillage d’autres ressources».

Au Brésil, la situation est aussi influencée par un relâchement mais d’un autre genre. «Le ministre de l’Environnement brésilien a par exemple été surpris alors qu’il disait ouvertement qu’il fallait profiter que l’attention du public était braquée sur la crise du Covid-19 pour affaiblir les lois environnementales qui protègent l’Amazonie. La stratégie gouvernementale est claire et nette», affirme Éric Lambin, géographe à l’UCLouvain.

Enfin, en Afrique centrale, analyser une influence de la pandémie sur la déforestation est plus compliqué de l’avis de Pierre Defourny, professeur l’UCLouvain qui s’est penché sur l’état des forêts dans cette zone. Selon lui, il est très difficile de mesurer la déforestation dans cette région-là, notamment au Congo. Il serait donc impossible de dire pour l’instant si le Covid-19 a eu une influence ou pas dans cette région.

Pays différents, problèmes différents

Selon le WWF, si la déforestation a augmenté, c’est aussi parce que les revenus des populations locales liés au tourisme ont baissé. Elles se reconvertiraient alors dans l’exploitation des forêts. L’ONG en profite aussi pour inciter l’Europe à réagir, celle-ci étant le plus grand importateur mondial de denrées liées à la déforestation. «Il faut savoir que près de 60% de la déforestation équatoriale est due aux exportations vers les marchés européen et chinois», chiffre en ce sens Éric Lambin, mais celui-ci ne manque pas de rappeler que dans le détail, chaque région est très différente des autres.

L’Indonésie et le Brésil sont par exemple souvent cités pour leurs exportations vers les pays riches mais ils sont dans des situations qui n’ont rien à voir. Dans le premier, ce sont les cultures de palmiers à huile et d’hévéa qui sont surtout en cause. Au Brésil, c’est plus complexe. Comme l’explique Éric Lambin, le soja est présent dans la savane au sud de l’Amazonie mais pas dans cette dernière. Par contre, cela pousse les éleveurs à déménager vers la forêt amazonienne et qui défrichent la zone. Il ne faut donc pas perdre de vue que si déforestation il y a, c’est surtout à cause de ces pressions.

Au Congo, la situation est encore moins liée à la problématique du tourisme que relève le WWF. «La déforestation y est principalement le fait du paysan qui a besoin de se nourrir. Puisque la population augmente et qu’elle n’a pas d’opportunités économiques autres que l’agriculture, elle a besoin de surfaces toujours plus importantes», constate Pierre Defourny.

Des solutions adaptées à chacun

Cette diversité d’explications pour la déforestation amène donc à ne pas se reposer que sur la réforme alimentaire des pays riches. Cela ne réglera qu’une partie du problème. «Ensuite, il est intéressant de voir que lorsqu’un pays n’est plus assez accueillant pour les multinationales, elles vont chercher ailleurs. C’est le cas pour le palmier à huile», remarque Éric Lambin. Il faut donc aussi des solutions plus pragmatiques.

Au Brésil, Éric Lambin note qu’il faut surtout des élevages plus efficaces pour être moins gourmands en terres et donc moins grignoter la forêt. Les plantations de soja, elles, sont déjà très intensives. En Indonésie, «il faut encourager des cultures plus productives pour les plantations existantes par une amélioration technologique notamment, et développer des plantations sur des terres dégradées ou abandonnées, pas sur des forêts», selon lui. Enfin pour le Congo, «il faut d’abord une pacification des conflits, ce qui créerait des opportunités touristiques notamment, mais aussi un développement d’autres secteurs comme celui halieutique», complète Pierre Defourny. 

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