Le « jour du dépassement de la Terre » recule de trois semaines sous l’effet du confinement

La date à laquelle l'humanité a consommé la totalité des ressources que notre planète peut produire en un an devrait tomber le 22 août. Ce niveau n'avait plus été atteint depuis 2005, mais il ne faut pas se réjouir trop vite.

Unsplash/Ben White

C’est ce qu’on appelle l’effet Covid-19. Pour la première fois depuis sa création en 1970, le « jour du dépassement de la Terre » sera retardé de trois semaines par rapport à 2019, indique l’organisme international de développement durable Global Footprint Network. Symbole de la surconsommation, ce jour où l’humanité a épuisé toutes les ressources que les écosystèmes peuvent produire en une année passe ainsi du 29 juillet au 22 août. « Un renversement historique » d’après l’ONG puisque la tendance était plutôt à l’augmentation de l’empreinte écologique mondiale.

Le graphique du "jour de dépassement de la Terre", depuis les années 70 à aujourd'hui

Cette année, il faudrait en réalité l’équivalent de 1,6 Terre pour subvenir à nos besoins.

Un recul temporaire et incertain

Ce net recul est évidemment la conséquence directe des mesures de confinement mises en place à travers le monde en réponse à la pandémie, explique l’institut de recherches. C’est pourquoi il ne faut pas s’en réjouir trop vite. Tout d’abord parce que « nous ne pouvons pas ignorer la profonde inégalité de nos expériences, ni les tensions sociales, économiques et politiques qui ont été exacerbées par cette catastrophe mondiale », a déclaré Laurel Hanscom, PDG du Global Footprint Network. Mais aussi parce que l’impact du Covid-19 et surtout celui du déconfinement ne sont pas encore totalement connus. Alors que les experts estiment une baisse de 14,5% de l’empreinte carbone et de 8,4% de l’empreinte forestière – mais une empreinte alimentaire inchangée -, ces résultats pourraient bien changer avec la relance économique. En Chine, par exemple, la pollution est repartie de plus belle, dépassant les niveaux enregistrés avant le confinement. Ce qui ne présage rien de bon.

Interrogé par Le Monde, le président du Global Footprint Network Mathis Wackernagel rappelle également que cette réduction de notre empreinte écologique « ne va pas durer », puisqu’elle est « est imposée et non voulue » et qu’« elle ne s’accompagne pas d’un changement systémique dans nos modes de production et de consommation ». De cette pandémie, nous pouvons toutefois tirer des enseignements utiles, estime l’ONG. Les efforts accomplis à travers le monde pour lutter contre le Covid-19 ont montré que des changements rapides étaient possibles, lorsque les gouvernements « placent la vie humaine au-dessus de tout ». Une leçon à retenir lors de l’élaboration de la stratégie de relance. « Placer le principe de régénération au centre de nos efforts de remise en marche de la société et de reconstruction économique peut permettre de remédier aux déséquilibres tant dans la société humaine que dans notre relation avec la planète », affirme Laurel Hanscom. Cette année plus que jamais, le jour du dépassement de la Terre offre une occasion sans précédent de s’interroger sur le futur que nous entendons créer.

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