La manifestation Black Lives Matter à Bruxelles sera « tolérée »

6.000 personnes appellent à manifester ce dimanche à Bruxelles malgré le coronavirus. Une manifestation « tolérée » qui cache un mouvement plus large de reconnaissance des communautés africaines de Belgique.

@BelgaImage - Manifestation Black Lives Matter à Utrecht le 5/6/20

Comment protester au temps du coronavirus ? Le mouvement Black Lives Matter Belgium a demandé l’autorisation de montrer son soutien à George Floyd et à toutes les victimes noires aux Etats-Unis et dans le monde. La Première ministre appelait à trouver une « alternative » à la manifestation publique. Ce sera une « action statique » sur la place Poelart à Bruxelles, en face du Palais de Justice, « tolérée » par le Bourgmestre dimanche de 15 à 16h30.

Please, I can't breathe

Qui se cache derrière Black Lives Matter Belgium ?

Derrière Black Lives Matter Belgium, on retrouve une quarantaine d’associations. Le mouvement est coordonné par l’ASBL Change créée il y a quelques années par Dido Lakama et Kasidi Makilutila, tous deux originaires du Congo. L’appel à manifester vient d’une « frustration très forte de la communauté noire (de Belgique) qui subit depuis longtemps de la discrimination. Mais aussi en solidarité avec toutes les autres communautés qui subissent aussi des discriminations », comme l’a dit Dido Lakama sur LN24.

Quant au souhait de Change ASBL, ce serait de « voir des noirs dans des postes décisionnels, à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité, or c’est loin d’être le cas, ni en politique, ni dans l’associatif, ni même dans le monde de la nuit. J’aimerais voir des patrons d’entreprises publiques et privés noirs. Des chefs de partis politiques. Il faut rêver, il faut viser la lune pour atteindre une étoile » expliquait Dido Lakama au magazine Brukmer en 2016.

Leopold II pris en otage à Tervuren - Belga

Décoloniser l’espace public

Les événements qui ont cours aux Etats-Unis ont en tout cas résonné en Belgique. Ainsi, plusieurs actions visant le passé colonial du pays ou en lien direct avec le meurtre de George Floyd ont eu lieu ces derniers jours : le tag géant « Please, I can’t breathe » d’un wagon de la SNCB qui a fait le tour du monde, la dégradation de plusieurs statues du roi Léopold II à travers le pays, une pétition demandant leur retrait et une première manifestation Black Lives Matter lundi après-midi à Bruxelles.

Ce réveil de la communauté noire (mais pas que) et ce besoin de se faire entendre et de réécrire l’Histoire de façon plus juste et équilibrée est relayé jusqu’au Parlement bruxellois. Sous l’impulsion du député Ecolo Kalvin Soiresse, une résolution est à l’étude afin de décoloniser l’espace public. L’idée n’est pas tant de faire disparaître les références à la colonisation que de les remettre dans leur contexte et, surtout, d’offrir de la place aux personnalités africaines (et autres). On se souvient à quel point il a été difficile d’ « offrir » un square bruxellois à la mémoire de Patrice Lumumba en 2018…

L’idée est de montrer Bruxelles telle qu’elle est : métissée, multiculturelle, européenne, africaine et arabe. Et non plus seulement à travers l’histoire écrite par la propagande coloniale qui, selon Kalvin Soiresse, a laissé des traces qu’il serait bon d’effacer, nourrissant les préjugés et les représentations faussées. La résolution prévoit aussi de célébrer le 30 juin comme date de commémoration des victimes de la colonisation. Une première étape afin de donner une voix aux populations issues de la colonisation et de l’immigration, en somme.

La statue de Léopold II brûlée à Ekeren - Belga
 

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