Déconfinement: le nouveau compromis entre santé et économie

La liberté est désormais la règle, et les interdictions constituent l'exception. La troisième phase du déconfinement marque un changement radical d’approche par rapport aux règles en vigueur jusqu'à aujourd'hui. Que justifie un tel volte-face et qu'est-il prévu ensuite? Réponse avec Yves Van Laethem.

BELGA IMAGE/THIERRY ROGE

« Désormais, tout sera autorisé sauf… » Avec ces quelques mots, la Première ministre a inversé la logique du déconfinement. D’une stratégie d’interdiction, sauf exceptions devenues trop nombreuses et sources d’inégalités, le dernier Conseil national de Sécurité passe à une nouvelle approche, celle de l’autorisation. À partir de lundi prochain, un vent de liberté soufflera donc sur la Belgique, toujours sous conditions, avec notamment la réouverture de l’Horeca et une bulle sociale élargie à dix personnes par semaine.

« Nous touchons du bout des doigts le retour à une forme de normalité », a annoncé mercredi après-midi Sophie Wilmès, appelant toutefois les citoyens à ne pas relâcher leur vigilance. « Cette bouffée d’oxygène était tout à fait nécessaire sur le plan psychologique et social », se réjouit Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus. Cette nouvelle philosophie permet ainsi d’éviter une lassitude chez les citoyens, qui risquaient de s’autodéconfiner. Mais c’est avant tout l’évolution de l’épidémie qui autorise un tel changement. « Tous les indicateurs nous montrent qu’on peut se le permettre, toujours avec des précautions. »

Equilibre entre vie sociale, économie et risque sanitaire

De la fameuse règle des quatre, on passe également à la règle des dix. Chaque citoyen pourra ainsi voir dix personnes différentes par semaine. « C’est évidemment plus compliqué que quatre personnes, mais c’est gérable, explique l’expert. Sur deux semaines, période de l’incubation de la pathologie, cette mesure doit théoriquement limiter les contacts à vingt personnes. Ce qui permet encore d’assurer un suivi pas trop compliqué. »  

Aux critiques qui qualifieraient le déconfinement de trop rapide, Yves Van Laethem brandit les chiffres favorables, mais aussi la situation chez nos voisins. « En Europe, qui a été balayée par la vague, les autres pays déconfinent comme nous et même certains plus vite que nous, comme l’Italie et la France. » Pourtant, « aucun n’a de réelle reprise de la pathologie. » Cette ressemblance entre les pays n’est d’ailleurs pas un hasard. « Nous avons un mode de vie globalement assez comparable. Les attentes des citoyens sont semblables d’un pays à l’autre, même si probablement, comme dans un examen, chacun a un petit peu regardé sur la copie du voisin pour ne pas avoir de déséquilibre intense » et éviter ainsi des flux transfrontaliers qui coûteraient cher à la Belgique. Comme depuis le début du déconfinement, le porte-parole interfédéral pointe alors un équilibre à trouver entre « l’économie, la nécessité de retrouver une vie sociale et les facteurs objectifs de la maladie » qui doivent, avant tout, permettre des allégements.

Le relâchement n’est pas total

À l’aube de cette nouvelle étape, Yves Van Laethem met toutefois en garde: « Il ne faut pas croire que la bataille est effectivement gagnée. On ne peut pas faire une croix sur le virus comme si tout était terminé ou rien ne s’était passé. » Le Covid-19 n’a pas disparu, les risques non plus. C’est pourquoi Sophie Wilmès a insisté sur les règles d’or à respecter: porter une attention particulière aux personnes à risque, se limiter (vraiment) à dix personnes par personne, privilégier les activités en extérieur et, encore et toujours, respecter les mesures d’hygiène et les distances de sécurité. La Première ministre fait appel une nouvelle fois à la responsabilité de chacun. Le virologue, lui, compare ce nouveau contrat entre le politique et les citoyens à l’obtention d’un permis de conduire. « On peut dire qu’on a reçu, à la veille de l’été, un permis de conduire pour rouler seul, sans moniteur. Mais les règles du code de la route subsistent et si on ne les respecte pas, on peut nous retirer le permis », explique-t-il, rappelant qu’un retour en arrière n’est pas à exclure.

Et après?

« Le 8 juin n’est pas la ligne d’arrivée », a précisé de son côté la cheffe du gouvernement. Les phases 4 et 5 du déconfinement interviendront dans le courant de l’été. Après les frontières le 15 juin, le 1er juillet signera, en théorie, la réouverture des parcs d’attraction et la reprise des représentations culturelles, cinéma compris, avec un public limité. Pour les kermesses et fêtes de villages, il faudra attendre le 1er août. « On n’a pas beaucoup de cartes en réserve dans le jeu qui est joué », estime le porte-parole. « Je ne m’attends pas à des surprises en dehors du chemin qui a été prétracé jusqu’à fin août. (…) À ce moment-là, on en saura peut-être plus sur les médicaments et les vaccins potentiels. »

Une question subsiste toutefois: le virus est-il saisonnier? Cette hypothèse pourrait être l’une des raisons pour laquelle les chiffres de l’épidémie sont si bons. « On est très heureusement surpris dont la manière dont cela se passe », se réjouit Yves Van Laethem. « S’il est saisonnier, on ne s’attend pas à ce que le virus réapparaisse avant octobre-novembre. Fin août, s’il n’y a pas de problèmes épidémiologiques liés aux activités de l’été, on sera encore probablement dans une situation semblable à celle d’aujourd’hui. » Si l’hypothèse est vérifiée, « il faut que l’on soit prêt. On ne pourra plus dire ‘on ne savait pas’. »

Plus d'actualité