Chloroquine, retour gagnant?

Une grosse semaine après avoir annoncé la suspension des essais testant la molécule, l’Organisation Mondiale de la Santé fait marche arrière. Même chose pour The Lancet, pourtant le must en matière de revue scientifique, qui a émis des doutes sur sa propre étude.

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On en attraperait presque le tournis. Neuf jours après avoir annoncé la suspension des essais cliniques à base de chloroquine et d’hydroxychloroquine, l’OMS a opéré ce mercredi un 180°. Après analyse des données collectées, Solidarity, le programme international visant à trouver un traitement contre le Covid-19, va reprendre les essais testant la molécule. « Il n’y a aucune raison de modifier le protocole » a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’organisation.

Après la publication, d’une étude dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet, qui jugeait inefficace et même potentiellement dangereux le recours à la chloroquine et à son dérivé, l’OMS avait en effet temporairement arrêté d’en administrer aux patients hospitalisés. Mais vérification faite, il ne semble pas y avoir « de différences dans la mortalité » entre les malades ayant reçus de l’hydroxychloriquine et les autres, a jugé Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS.

Avalanche de critiques

La raison de cette marche arrière est sans doute à trouver ailleurs : depuis sa publication, l’étude de The Lancet a vu débouler une avalanche de critiques, remettant en cause ses conclusions. L’infectiologue Didier Raoult avait évidemment dégainé le premier, qualifiant l’étude de « foireuse ». Plus largement, plus de 120 scientifiques ont signé une lettre ouverte initiée par un chercheur d’Oxford, qui pointe dans l’étude de nombreux problèmes méthodologiques, ainsi que la publication d’un tableau de données inexactes.

Habituellement considérée comme un des musts en matière de revue scientifique, The Lancet a cette fois-ci dû reconnaître dans un communiqué que de « sérieuses questions scientifiques ont été portées à [son] attention » et avoir demandé un « audit indépendant » sur les résultats de l’étude. Pour Stéphane De Wit, cet épisode n’est qu’un exemple parmi d’autres de « la mauvaise science à laquelle nous sommes soumis depuis deux mois». Au micro de la RTBF, cet infectiologue au CHU Saint-Pierre (Bruxelles) ajoutait : « Nous avons l’impression qu’en raison des pressions pour avancer, les mécanismes de relecture et de contrôle des études sont un peu passés à la trappe. On semble avoir perdu de vue qu’avant de publier, il faut s’assurer qu’il s’agit d’une étude solide ».

Tous virologues

Du temps : c’est sans doute ce qu’il faudra pour clore (une fois pour toute ?) le débat scientifique sur l’hydroxychloroquine. C’est aussi ce qui manque ; face aux enjeux sanitaires et économiques, la pression de publier doit peser bien lourd sur les épaules de la science, qui rime plutôt avec remise en question et doute permanent. Pas sûr que cette même remise en question anime particulièrement certains des plus virulents pros ou anti-Raoult, pros ou anti-hydroxychloroquine (cf. Donald Trump), qui aiment à s’écharper sur les réseaux sociaux ou dans les médias, et avec qui le débat n’a plus rien de scientifique.

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