Discothèques, forains: ces secteurs qui ne voient toujours pas le bout du tunnel

La troisième phase du déconfinement arrive mais certains milieux ne savent toujours pas quand ils pourront revenir. Les forains se disent «oubliés» par les autorités et les boîtes de nuit attendent avec fatalisme de découvrir le sort qui leur sera réservé.

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Ce mercredi devrait être synonyme de bol d’air pour de nombreuses personnes. Le Conseil national de sécurité (CNS) devrait enfin édicter le retour de l’horeca, avec en plus les entreprises touristiques dans leur sillage. Un certain goût de normalité devrait se faire sentir, mais ce serait oublier que certains n’en ont pas fini avec le confinement. C’est notamment le cas des forains et des discothèques. La réouverture s’annonce lointaine et plus le temps passe, plus les craintes s’accumulent.

Le monde forain se sent abandonné

Parmi les forains, l’impatience est particulièrement palpable. De CNS en CNS, aucune information ne filtre à leur propos et la tension n’arrête pas de monter. «Nous nous sentons comme les grands oubliés de la crise. C’est une surprise de voir cela au vu de l’ancienneté de notre folklore. Nous sommes vraiment dans l’incompréhension», s’insurge Anthony Mastrovalerio, président wallon de l’Union des Industriels Forains Belges. Le conseil de ce 3 juin marque le tout premier élément d’information et force est de constater qu’il est peu réjouissant : le secteur ne pourra pas compter sur leur participation à des kermesses et des fêtes de village jusqu’au 1er août.

La situation est particulièrement compliquée pour les professionnels du milieu. Alors qu’ils sortaient de l’hiver où ils étaient à l’arrêt, le confinement est arrivé au tout début d’une saison 2020 qui avait déjà mal commencé à cause du mauvais temps de février-mars. «Nous avons des aides mais limitées et incertaines puisque le droit-passerelle doit être confirmé chaque mois. C’est difficile de tenir le coup, nous avons tous des frais. Et c’est encore plus dur pour les jeunes qui commencent le métier et ceux qui ont justement besoin de renouveler leur matériel en cette période de crise», alerte Anthony Mastrovalerio.

Ce dernier est encore plus inquiet lorsqu’il voit des communes annuler des foires et des kermesses avant même d’avoir les décisions du CNS sur les forains. «Il y a trop de précipitation ! Elles pourraient au moins attendre les décisions fédérales. Pourquoi par exemple déjà parler d’une suppression des fêtes de Wallonie alors qu’elles sont en septembre? De plus, nous apprenons généralement les annulations par un coup de fil ou dans la presse. Nous ne sommes pas consultés pour ces décisions alors que nous en pâtissons de manière unilatérale», se désole-t-il. Il espère que le fédéral tranchera très vite sur le sort des forains pour apporter de la clarté et pour qu’ils puissent enfin s’atteler aux équipements nécessaires aux mesures de sécurité sanitaire.

Les discothèques encore plongées dans le noir

Cette incertitude se retrouve aussi fortement dans les discothèques. Là aussi, le déconfinement n’est pas pour demain et selon Thierry Neyens, président de l’association horeca wallonne, il n’est pas encore question de cela. «Les discothèques accumulent les problèmes en termes de rassemblements, de distanciation et autres, d’où les nombreux doutes sur leur déconfinement. Pour l’instant, les discussions n’en sont qu’au niveau du guide générique. Par exemple, comment et combien de personnes pourront revenir en boîte? Nous ne voulons pas reproduire ce qui a pu se passer en Corée du Sud où une seule personne peut potentiellement contaminer 1.000 autres». Ce 3 juin, la Première ministre a précisé que la réouverture des boîtes de nuit ne se ferait pas avant la fin août.

Selon le patron de l’horeca wallon, il est impossible d’estimer l’impact de la crise sur le secteur. Les inconnues sont encore trop nombreuses, tout comme pour la question du retour des clients quand le déconfinement aura lieu. «Si la crainte du Covid-19 perdure un an, est-ce qu’ils vont aller en boîte de nuit avec un masque? Vont-ils aller au bar?», se demande-il alors que les ventes de boissons représentent la principale source de revenus des discothèques.

Le poids de ces incertitudes «pèse clairement sur nos perspectives», comme le confirme Arnaud Sablon, manager du Lindbergh Club de Couvin. Son établissement tient le coup grâce à une situation d’avant-crise favorable, «ce qui n’est pas le cas de tous» comme il le précise, mais chez lui, ce qui prévaut est surtout le fatalisme: «Nous sommes tout à fait conscients que nous serons dans les derniers à rouvrir. Nous avons juste besoin de savoir sur quel pied danser, or pour l’instant, nous ne savons pas. Quand ce point-là sera réglé, nous regarderons les précautions sanitaires demandées et il est certain que nous les respecterons scrupuleusement, voire en augmentant encore nos exigences de sécurité. Pour que les gens reviennent, il est essentiel de les rassurer», conclut-il.

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