" Les maisons de repos sont des lieux de vie et doivent le rester "

La crise n'est pas finie dans les maisons de repos, où un lit sur dix n'est plus occupé. Durement touché par la pandémie, le secteur doit désormais faire face à d'autres problèmes: une situation financière inquiétante et une image ternie.

BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Si la situation de l’épidémie semble s’améliorer au fil des jours en Belgique, « le combat n’est pas encore gagné et le public vulnérable des maisons de repos et de soins reste en danger », alertait lundi Médecins sans frontières. Avec 4807 décès, dont 74% sont des cas non-confirmés, le secteur enregistre depuis le début de la crise la moitié des décès dus au Covid-19. Chaque jour, on y recense encore de nouveaux, certes de moins en moins nombreux. Vincent Fredericq, secrétaire général de la Fédération des Maisons de Repos, se veut toutefois rassurant: « La situation est très largement stabilisée, mais il ne faut surtout pas baisser la garde. »

Lentement mais sûrement, la vie reprend son cours dans ces établissements durement touchés par la crise sanitaire. Dans le cadre d’un déconfinement « progressif et prudent », de futurs assouplissements sont prévus dans les prochains jours à propos notamment des visites et de certains services. En plus de la possibilité de changements de visiteurs, les résidents pourront ainsi profiter d’une pédicure et d’une nouvelle coupe, « ce qui n’est certainement pas un luxe », plaisante le représentant du secteur privé. « À Bruxelles, par exemple, la réouverture des cafétérias internes où le résident a la possibilité de se commander un café ou une bière a été acceptée, sachant qu’elle ne pourra pas être ouverte aux visiteurs extérieurs », explique-t-il. « Une maison de repos n’étant pas et ne devant pas devenir un hôpital – elle est un lieu de vie et doit le rester -, l’enjeu ici, c’est de trouver ce juste équilibre difficile entre des conditions sanitaires strictes et le rétablissement d’une vie normale dans ce secteur éprouvé par la crise. »

Un lit sur 10 n’est pas occupé

Dans cette optique, le secteur a rétabli également la possibilité d’accueillir de nouveaux résidents en Wallonie et à Bruxelles. En Flandre, c’est prévu pour le 8 juin. Il faut dire que la crise a malheureusement laissé de nombreux lits vides derrière elle. Selon l’Agence pour une vie de qualité, citée par Le Soir, près de 11% des places en maisons de repos et de soins sont inoccupées. « Et ce n’est qu’une moyenne, avec des pics énormes pour certains établissements », souligne Vincent Fredericq. Ce dernier précise toutefois que des lits vides sont loin d’être inhabituels puisque, dans un secteur où l’âge moyen des résidents est de 85 ans et dont 60% d’entre eux sont des personnes lourdement dépendantes, des personnes décèdent régulièrement de façon naturelle. « C’est inévitable. Ici, il y a eu évidemment des décès liés au coronavirus. Mais pendant ce temps-là, il n’y a eu aucun nouveau résident dans les maisons de repos en raison des mesures sanitaires. »

La crise financière guette le secteur

En plus des surcoûts liés à l’achat de matériel de protection dont les prix ont explosé durant la crise, cette sous-occupation des lits n’est pas sans conséquence. « Des problèmes de trésorerie sérieux se posent dans un certain nombre d’établissements », alerte le secrétaire général de Femarbel, qui réclame le prolongement des mesures de soutien jusqu’à la fin de l’année. « Sinon on va risquer des problèmes de faillite. » D’autant plus que ces lits vides ne seront pas rapidement remplis. « Loin de là. » Face à la crise financière qui les guettent, les directions de maisons de repos, sans compensation, devront trouver d’autres solutions. Selon le représentant du privé, la plus probable serait moins une augmentation des frais que des licenciements du personnel. Ce qui serait dramatique pour un secteur qui souffre déjà d’un manque de personnel depuis de longues années.

Redorer l’image du secteur

À cela s’ajoute aujourd’hui une image du secteur ternie par la crise. « On a beaucoup parlé des maisons de repos en négatif. J’espère que les gens ont compris que ce n’était pas parce que c’étaient des maisons de repos que les personnes ont eu le Covid-19, mais parce que elles n’avaient pas le matériel nécessaire pour protéger et tester suffisamment », confie Vincent Fredericq, pointant les résultats du dépistage opéré dans les maisons de repos: 3% du personnel testé positif et 4% de résidents. « Cela donne malheureusement la preuve que s’il on avait disposé du matériel nécessaire dès le début, on n’aurait pas eu les problèmes que l’on a connus », regrette-t-il.

Le secrétaire général de Femarbel tente de redorer l’image de son secteur, en pointant certaines leçons à tirer de cette crise. « S’il y a une chose positive à retenir, c’est l’investissement de l’ensemble du personnel de ces établissements. Non seulement des soignants, mais aussi le personnel d’entretien et administratif », affirme-t-il, avant de souligner également la manière dont les tutelles régionales ont géré la situation. Pour le bien-être de ses résidents – plus de 150 000 en Belgique – ils ont fait preuve de solidarité et de créativité, avant la reprise des visites, remarque Vincent Fredericq, épaté « par la faculté de résilience, d’abnégation et de courage de l’ensemble du personnel et des directions, qui ont payé un lourd tribut ». « C’est un secteur qui a ses défauts, mais qui a aussi beaucoup de mérite. »

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