Le télétravail divise les Belges

Le télétravail est expérimenté à échelle géante avec la crise. C'est bon pour la planète mais pour les travailleurs, ce n’est pas que du bonheur. Une enquête de la FGTB livre des résultats mitigés.

Le télétravail avec enfants n'est pas toujours heureux

Une enquête menée par la FGTB auprès de 10 000 travailleurs portait notamment sur le télétravail. Le syndicat n’avait pas souhaité dans un premier temps mettre en avant les résultats sur ce point, tant ils sont contrastés. Pour les personnes concernées, le télétravail apporte des avantages perceptibles et très positifs comme la baisse de la pollution ou la résolution de la congestion automobile. Du côté de la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, par contre, le télétravail est à la fois vu comme un avantage et comme un frein. “ Les familles monoparentales et les personnes en appartement le vivent plus difficilement qu’un couple avec enfants installés dans une maison pour qui le télétravail apporte un réel bénéfice. ” L’expérience de télétravail géante vécue à travers la crise souffre fondamentalement d’un biais, à savoir la présence des enfants à la maison qui a fortement pesé sur les épaules des télétravailleurs qui ont des enfants.

Les trentenaires plus à l’aise

La majorité des personnes rapporte prester plus d’heures en télétravaillant, tordant ainsi le cou à un des grands freins dans le chef des employeurs, à savoir l’absence de possibilité de contrôle des travailleurs. “ Les gens disent qu’ils ne savent même plus s’arrêter pour manger à midi ”, rapporte le porte-parole de la FGTB, Nicolas Deprets. La plupart des télétravailleurs sont confrontés à une nouvelle organisation dans laquelle il n’existe plus de frontières entre les différents temps de la vie et cette expérience apporte un lot de difficultés. Les plus de 55 ans ont plus de mal à s’y adapter que les trentenaires.
Pour l’heure, la FGTB ne tire pas de conclusion définitive rappelant que le télétravail est déjà encadré par une loi de 2017 lorsqu’ il est occasionnel et par une convention collective s’il est régulier. Cette convention permet ainsi à ce qu’un accident survenu à la maison dans le cadre de son travail soit couvert par l’employeur. Les frais liés au télétravail sont également (en principe) à la charge de l’employeur. L’essentiel des combats menés par la FGTB s’éloigne de ce secteur car moins de la moitié des gens sont en télétravail et demain tout le monde ne pourra pas télétravailler ”, fait valoir Nicolas Deprets.

Jonglerie des parents

La CSC, de son côté, a mené une analyse de la situation. Pour le syndicat chrétien, le télé­travail dans le cadre d’un confinement ne peut servir de modèle pour développer une forme de travail qui assure de bonnes conditions de travail. Les télétravailleurs n’ont pas tous le luxe d’avoir une pièce consacrée au télétravail. Bon nombre d’employeurs n’étaient pas non plus prêts sur le plan matériel et technique. “ Beaucoup de travailleurs ont dû “subir” une formation accélérée au travail à distance, avec de nouveaux logiciels notamment, sources de stress supplémentaire ”, déplore la CSC qui souligne aussi “ la jonglerie que représente le fait de télétravailler avec ses enfants. ”

44% de télétravailleurs

Avant le confinement, un Belge sur cinq télétravaillait régulièrement. Mais 56% des travailleurs déclaraient que leur employeur ne leur donnait tout simplement pas la possibilité de télétravailler. En 2018, le SPF mobilité a mené une enquête auprès de 2000 travailleurs pour affiner ce lien entre télétravail et mobilité. Dans cette enquête, 20% des personnes interrogées étaient persuadées que leur job est bel et bien compatible et 18% y étaient favorables si l’organisation du travail était quelque peu adaptée (modification des horaires, mise à disposition d’un ordinateur portable,..). “ Nous avions donc 38% de travailleurs qui estimaient que dans le cadre de leur job, le télétravail était possible. Or, aujourd’hui, avec la crise sanitaire, on estime que 44% des personnes qui travaillent le font en télétravail ”, explique la CSC.
Le premier grand bénéfice du télétravail est le gain pour la planète : la crise l’a démontré. Pourtant, les trajets domicile-lieu de travail représentent que 19% de l’ensemble de nos déplacements. Le premier motif de déplacement concernait en réalité les loisirs. Mais les trajets pour le travail jouent un rôle important dans la congestion car ils sont très concentrés dans le temps et ils affichent un taux d’occupation des voitures très faible. “ En matière de déplacements domicile – travail, l’offre du télétravail est donc un exemple intéressant permettant de réduire la demande de transport ”, analyse la CSC. Le ministre Philippe Henry va mettre en place une task force pour développer le télétravail dans les administrations et le secteur privé pour donner une place plus importante au télétravail. Mais cette fois, on l’espère, dans de meilleures conditions pour la santé mentale des travailleurs.

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