Coronavirus: Pourquoi le déconfinement n’a pas eu d’impact négatif

Plus de trois semaines après le début du déconfinement, tous les indicateurs sont au vert. Et ce n'est peut-être pas seulement grâce aux mesures sanitaires.

Dans l'hôpital Saint Pierre à Bruxelles - BELGA IMAGE/Kenzo TRIBOUILLARD

Le porte-parole de la lutte contre le Covid-19 Yves Van Laethem le confirmait lundi: la première phase de déconfinement, entamée le 4 mai dernier, n’a pas eu d’impact sur l’évolution du coronavirus en Belgique. Suite à l’allégement des mesures, un léger rebond était pourtant attendu, redouté. Il n’en fut rien. Les chiffres de l’épidémie présentés ces derniers jours vont même dans le sens d’une amélioration de la situation. Tous les indicateurs sont à la baisse, ou presque. Seul le nombre de nouveaux cas confirmés vacille encore, mais rien de grave, selon l’épidémiologiste Yves Coppieters, car cela dépend de la stratégie de dépistage qui est dorénavant plus large. « Ce chiffre ne semble pas avoir de répercussion sur les entrées à l’hôpital puisque depuis quinze jours, on observe une tendance autour de 200 nouveaux cas dépistés, tandis que les hospitalisations diminuent, tout comme l’occupation des lits aux soins intensifs. » « Le déconfinement fonctionne », résume en trois mots l’expert. Et on ne va pas s’en plaindre.

Il est toutefois intéressant de tenter de comprendre pourquoi, malgré le déconfinement, aucune reprise de l’épidémie n’a été observée à ce stade-ci. La première raison est sans conteste le rôle des gestes barrières et des outils du déconfinement, selon Yves Coppieters. La distanciation physique, les mesures d’hygiène, le dépistage et le traçage ont montré leur efficacité, même si ces deux derniers points pourraient encore être améliorés. Pour le professeur de santé publique de l’ULB, d’autres facteurs extérieurs joueraient un rôle sur la circulation du virus.

La chaleur, ennemie des virus respiratoires?

Première piste: la chaleur. Depuis le début de la crise sanitaire, une interrogation subsiste: survenue au milieu de l’hiver, l’épidémie du Covid-19 sera-t-elle freiner avec l’arrivée de l’été, à l’image de la grippe? Selon une étude de l’Académie française de médecine, la température serait « un facteur déterminant » dans la transmission du virus. L’hypothèse d’une influence saisonnière revient ainsi sur le devant de la scène, avec le risque donc, dans les pays tempérés, que l’épidémie revienne en automne lorsqu’il y aura des changements de température, explique Yves Coppieters.  

Sur la digue à Ostende - BELGA IMAGE/THIERRY ROGE

© BELGA IMAGE/THIERRY ROGE

L’immunité croisée, la lueur d’espoir

D’autres hypothèses sont explorées, avec prudence, comme celle de l’immunité croisée. Selon des chercheurs américains, certaines personnes exposées à d’autres coronavirus seraient capables de réagir au Sars-Cov-2. L’OMS souligne toutefois qu’aucune preuve n’a encore été apportée. « Si cette hypothèse se confirme, ce serait vraiment une nouvelle extraordinaire. L’immunité collective qu’on estime à 6 à 10% augmenterait », souligne l’épidémiologiste. Selon les scientifiques américains, 40 à 60% de la population pourrait être immunisée contre le Covid-19 sans même y avoir été exposée.

Des événements à risque bien précis

L’évolution si positive des chiffres peut sembler assez paradoxale, alors que nous respectons de moins en moins les consignes liées au coronavirus, ressort-il d’une enquête menée par l’Institut Belge de Santé Sciensano. Yves Coppieters tente d’expliquer ce contraste. « Ce qu’on a pu comprendre grâce à plusieurs publications, c’est qu’il y a des événements et des activités qui présentent un risque significatif de transmission », comme les endroits et les moments où il y a un effet de foule. Or, ces situations ne sont pas autorisées actuellement. C’est aussi une raison pour laquelle le déconfinement des salles de concert et des boîtes de nuit est si complexe. Le professeur ajoute toutefois que ces situations risquées sont « aussi d’autres événements de la vie de tous les jours où une foule se forme, où on ne maîtrise plus les distances, on ne porte pas de masque et où les gens ne sont pas prudents, comme la Rue Neuve un samedi midi. » D’où l’importance, encore et toujours, de respecter les mesures sanitaires.

L’épidémiologiste pointe également le fait que la vie à l’extérieur a repris, partiellement, son cours. « Les gens sont beaucoup plus dehors. Cette transmission intra-familiale comme elle se passait durant le confinement est beaucoup moins forte actuellement. Les gens ont repris des activités, sont moins les uns sur les autres à l’intérieur. »  

Ne pas infantiliser la population

Pour l’expert, le problème n’est pas tant les situations risquées que le cumul des situations. « C’est ce que je reproche dans la rapidité des reprises des activités. On a cumul d’événements nouveaux, sans doute très positifs socialement, mais qui représente un cumul de risques potentiels. » Si l’épidémie est maîtrisée, cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est derrière nous. « Le risque est toujours présent. »

Pour retrouver l’adhésion de la population, Yves Coppieters appelle les politiques à justifier leurs choix. « Il y a un problème de communication dans cette crise. Il faut qu’on nous explique scientifiquement et politiquement pourquoi on prend telle mesure, mais aussi dire où il y a des incertitudes », propose-t-il, avant d’ajouter: « Ne pas informer, c’est infantiliser. La population est pourtant apte à comprendre et à poser un regard critique sur ce qu’il se passe. Plus on explique, plus les gens vont adhérer. Et inversement, moins on explique, moins ils vont adhérer. »

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