SpaceX s’apprête à écrire l’histoire de la conquête spatiale

Ce mercredi soir, l’entreprise d’Elon Musk doit faire décoller des astronautes depuis le sol américain. Une première pour une société privée. Et l’occasion pour les États-Unis de redorer leur blason dans la course à l’espace.

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C’est un gigantesque stylo métallique, long de près de 70 mètres et lourd de plus de 22 tonnes. À sa pointe, la capsule « Crew Dragon » qui, avec les deux hommes qu’elle abritera (Doug Hurley et Bob Behnken) devrait écrire à partir de ce mercredi une nouvelle page de l’histoire de la conquête spatiale. Malheureusement pour ces deux astronautes de la Nasa, ce n’est probablement pas leurs noms à eux qui devrait rester dans les mémoires, mais plutôt ceux de SpaceX et de son fondateur, Elon Musk. C’est en effet historique : on devrait assister aujourd’hui au lancement par une société privée d’un vol habité dans l’espace, capacité jusqu’alors réservée à une poignée d’États. L’agence spatiale des États-Unis n’est ici que le client de SpaceX ; c’est bien l’entreprise qui est à la conception et à la réalisation d’un projet fort de 6 ans de travail.

Si la météo le permet (on annonce une tempête tropicale en formation sur la Caroline du Nord), la fusée Falcon 9 devrait décoller ce 27 mai à 16H42 (22H42 en Belgique) du centre spatial Kennedy, en Floride. Moins de trois minutes après, elle devrait se séparer de son premier étage, qui atterrira sur une barge flottant au large, une prouesse technique que seule SpaceX est actuellement en mesure de réaliser. Si tout se passe bien (le risque d’accident et de perte de l’équipage a été évalué à 1 chance sur 276), la capsule abritant les deux astronautes abandonnera ensuite le reste de la fusée, avant d’aborder une vingtaine d’heure après la Station Spatiale Internationale (ISS), pour une mission devant durer au maximum quatre mois, à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes.

Fierté retrouvée

Pour l’Oncle Sam, c’est un grand jour. « Toute l’Amérique aura l’occasion de voir notre pays refaire quelque chose de stupéfiant » a fièrement déclaré Jim Bridenstine, l’administrateur de la Nasa. Donald Trump, jugeant que le destin spatial des États-Unis n’était pas « qu’une question d’identité nationale, mais [également] une question de sécurité nationale », assistera quant à lui au décollage de la fusée. Pour le président américain, c’est sans aucun doute une occasion rêvée de s’associer à un succès et de faire temporairement oublier sa gestion du coronavirus. Et puis, c’est aussi une manière de marquer le coup ; le dernier vol habité ayant décollé des USA remonte à 2011.

Une éternité, pendant laquelle la première puissance mondiale a dû, comble de l’ironie, se résigner à s’appuyer sur la Russie. N’ayant pas anticipé la fin de son programme de navettes spatiales, qui mena durant trois décennies des vols habités et fut ponctué de deux accidents (Challenger en 1986 et Columbia en 2003), les États-Unis se retrouvèrent en 2011 incapables d’envoyer par eux-mêmes leurs astronautes à destination de l’ISS. C’est depuis lors le programme russe Soyouz- pas des plus récents mais toujours fiable- qui leur sert de taxi spatial. Un taxi au prix prohibitif, puisque qu’un vol serait évalué à près de 80 millions de dollars à payer à la Russie.

Win-Win

Pour les Américains, le partenariat avec SpaceX et Elon Musk s’avère donc doublement rentable : symboliquement d’abord, puisqu’il permet de retrouver une certaine autonomie en matière de vol habité, et économiquement ensuite, puisqu’une place à bord de la Falcon 9 serait estimée à « seulement » 55 millions de dollars.

Pour le fantasque milliardaire, ce lancement spatial est un coup de pub à la hauteur de sa mégalomanie, qui lui permettra, quel qu’en soit l’issue, de faire parler de lui et d’attirer les projecteurs sur d’autres de ses projets, comme le développement d’avions-fusées capables de relier Paris et New York, le tourisme spatial autour de la Lune, ou le voyage vers Mars.

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