Covid-19: quel intérêt à rendre les tests sérologiques largement disponibles?

Hier, la ministre Maggie De Block a répondu aux préoccupations de l'Association Belge des Syndicats Médicaux (ABSyM) en promettant des tests sérologiques pour tous. Sauf que cette avancée ne représente pas la panacée contre la pandémie actuelle.

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C’est un retournement de situation qui n’a pas manqué de l’étonner. Ce 26 mai, l’ABSyM a dénoncé la non-disponibilité des tests sérologiques (basés sur un échantillon de sang) pour que le tout le monde puisse être dépisté pour le Covid-19. En un rien de temps, Maggie De Block est intervenue sur Twitter pour dénoncer une «fausse» déclaration puisqu’elle aurait déjà décidé de la possibilité de s’en procurer d’ici peu, soit sur prescription médicale, soit à la vente pour 9,60€ maximum.

Le président de l’ABSyM, Philippe Devos, qualifie la décision de «bonne nouvelle» même s’il est quelque peu déconcerté par la communication gouvernementale. «On est content d’apprendre cette décision. Je noterai cela dit que cela est un peu paradoxal. Le 15 mai, on a un arrêté royal interdisant la disponibilité des tests sérologiques pour le Covid-19 et quelques jours après, un autre va l’autoriser. On a un peu de mal à comprendre», répond-il. Quoi qu’il en soit, maintenant que cette question est réglée, il reste une chose: est-ce vraiment une si bonne nouvelle de voir ces tests disponibles?

Les anticorps pas éternels

Le problème avec les tests sérologiques, c’est que leurs résultats font débat. D’une part, ceux-ci sont moins précis que pour les tests PCR, notamment utilisés dans les maisons de retraite mais disponibles en nombre bien plus limité. Il s’agit aussi de savoir si le fait d’être testé positif au test sérologique équivaut pour le patient à être, tôt ou tard, immunisé contre le Covid-19 grâce aux anticorps produits. «La grande inconnue, c’est de connaître la durée de vie de ces anticorps. Par exemple, si on les détecte aujourd’hui, est-ce qu’ils seront toujours là au mois d’août? Pour certains coronavirus, tout disparaît en trois mois alors que pour d’autres, cela reste pendant dix ans. Ces tests peuvent s’avérer dangereux parce qu’ils peuvent laisser croire aux gens qui auraient déjà eu la maladie qu’ils sont protégés, alors qu’ils pourraient la contracter à nouveau deux mois plus tard», s’inquiète Philippe Devos.

D’autre part, il s’agit d’utiliser les tests sérologiques au bon moment car il en existe de deux types: ceux «antigènes» qui captent la présence du virus, et ceux «anticorps» qui captent logiquement les anticorps qui ont été produits pour y faire face. «Le premier est efficace lors de la première semaine de la maladie, le second 15 jours après le début des symptômes», précise Philippe Devos.

Le risque d’un effet boomerang

Mais même lorsque l’on utilise le bon test au bon moment, est-ce que cela serait d’un grand intérêt à ce que tout le monde se fasse dépister? Pour Gilbert Bejjani, médecin anesthésiste et président bruxellois de l’ABSyM, il faut être prudent. «Si une personne se révèle négative, elle peut encore être contaminée et elle pourrait ainsi recommencer ce test tous les jours. Si on testait toute la population, cela n’aurait donc pas de sens. Imaginons que l’on fasse ça, qu’est-ce que l’on découvrirait? Que 5% des Belges sont positifs et les autres pas. Mais cela voudrait dire que pour les autres 95%, il faudrait tester de nouveau deux semaines après, et ce encore et encore», pointe-t-il.

Les tests sérologiques ne représentent donc pas une solution miracle. Philippe Devos tient malgré tout à rappeler qu’ils représentent un outil intéressant. «Ces tests restent relativement simples à faire et sont disponibles en quantité suffisante. La seule question est celle de l’accompagnement du diagnostic pour bien interpréter le résultat. Parmi les experts du gouvernement, un certain nombre estime d’ailleurs que les tests sérologiques pourraient provoquer un relâchement de la vigilance, avec un risque d’effet boomerang», note-il.

Quant à la promesse de Maggie De Block de rendre disponible les tests sérologiques, aucune date n’a encore été donnée pour sa concrétisation, si ce n’est vaguement dans «quelques jours». «De ce que j’ai eu comme information, des arrêtés royaux pourraient être pris à ce sujet dans le courant de la première semaine de juin», déclare toutefois Gilbert Bejjani.

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