Covid-19: Ces patients qui ne guérissent pas

Plusieurs semaines après les premiers signes de la maladie, ils et elles présentent encore des symptômes. Un mystère que les médecins tentent d'élucider.

Une malade Covid-19 en quarantaine - BELGA IMAGE

« Nous sommes une bizarrerie que personne ne semble comprendre », résume un malade sur Twitter. Rassemblés derrière les hashtags #AprèsJ20 et #AprèsJ60, les témoignages de patients qui ne guérissent pas sont légion sur les réseaux sociaux. « Je fais des rechutes avec douleur thoracique, essoufflements et courbatures », explique l’un d’entre eux, malade depuis le 23 mars. « J’ai l’impression d’avoir 80 ans », confie une autre. Sportive non-fumeuse âgée de 32 ans, elle vit un « enfer » depuis plus de huit semaines.

Fatigue, douleurs musculaires, essoufflements… Autant de symptômes qui persistent de longues semaines, voire des mois, après les premiers signes de la maladie. « On n’a aucune donnée montrant que ce sont des réinfections », rassure Deborah Konopnicki, infectiologue au CHU Saint-Pierre. Pour Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral, ces symptômes prolongés ne sont pas non plus liés à une persistance du virus, mais bien à ses dégâts. « C’est probablement un phénomène plus inflammatoire au niveau de l’organisme, qui va être la cause, avec des petites lésions dans différents organes qui entretiennent cet état. Ce n’est pas le virus par lui-même, qui serait encore présent à ce moment-là. » Plus rarement, des patients présentent également des complications tardives, « comme des embolies pulmonaires ou des problèmes vasculaires », ajoute la cheffe de clinique.

Casse-tête 

À l’image du coronavirus, qui cache encore bien des mystères, le phénomène est peu connu. « On s’est concentrés sur la vague, maintenant on observe les dégâts sur le terrain », explique Yves Van Laethem. Le peu d’articles médicaux qui se sont penchés sur le sujet évoquent une durée de récupération « de trois à six semaines » après le début des symptômes, mais de nombreux patients affirment en présenter encore au-delà de cette période. La proportion que représentent ces malades qui ne guérissent pas n’est pas encore connue. On sait néanmoins que « ce sont ceux qui font des symptômes plus importants ou qui ont été hospitalisés qui vont avoir des durées de récupération plus longues », explique Dr Déborah Konopnicki. Cela semble logique. D’autres observations le sont beaucoup moins, devenant un véritable casse-tête pour les médecins. Chez certains patients, par exemple, les tests PCR sont positifs, et des anticorps sont déjà présents.

Des malades toujours contagieux?

Quant à leur contagiosité, elle est probablement « nulle », avancent les deux experts. « Un test PCR positif ne signifie absolument pas pour autant que l’on est contagieux. Il peut simplement s’agir de matériel génétique, un peu d’ARN du virus mais pas du tout du virus qui est capable de se multiplier. Cela étant, on estime que la contagiosité s’arrête assez vite. Et c’est probablement lié à la sévérité de la maladie », expliquait récemment à La Libre le Pr Stéphane De Wit, chef du Service des maladies infectieuses au CHU Saint Pierre.

Patience, patience

Afin de percer le mystère, deux études ont été notamment lancées en France, l’une sur la réapparition des symptômes, l’autre sur leur prolongation. En attendant, les patients concernés se sentent oubliés et s’inquiètent: leurs symptômes vont-ils disparaître un jour? « Tout à fait, mais il faut parfois plusieurs semaines pour récupérer », rassure Déborah Konopnicki. Yves Van Laethem se veut de son côté plus réservé face à cette maladie qu’on découvre à peine.  

Si vous êtes concerné.e, il est important d’en parler avec votre médecin, surtout « pour voir si c’est quelque chose de nouveau qui est en train d’apparaître », souligne Déborah Konopnicki. Pour le porte-parole interfédéral, « il n’y a pas de remède miracle ». « Il faut se donner de la patience, se reposer, manger sainement, pratiquer une activité modérée… » énumère-t-il, bien que ces conseils puissent excéder certains patients désespérés et impuissants. Un suivi psychologique est également recommandé pour apprendre à gérer cette angoisse légitime, celle d’être encore malade et de ne pas savoir pourquoi.

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