En pleine crise sanitaire, un accord commercial entre l’UE et le Mexique passe mal

Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour relocaliser certaines activités, l'Union européenne a conclu un accord de libre-échange avec le Mexique qui inquiète fortement les agriculteurs et les défenseurs de l'environnement.

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Le « monde d’après » sera-t-il vraiment différent de celui d’aujourd’hui? L’Union européenne semble en tout cas bien décidée à ne pas changer. En pleine pandémie, à l’heure où la mondialisation est tant critiquée, la politique de libre-échange continue, renforcée par un énième traité. Ce 28 avril, l’UE a annoncé avoir conclu les négociations d’un nouvel accord commercial avec le Mexique, en discussion depuis 2016. Au programme: la quasi-totalité des échanges de biens entre les deux parties seront exemptés de droits de douane, et notamment les produits agricoles. Ce qui inquiète le secteur déjà éprouvé par les précédents accords de libre-échange européens.

« En pleine crise du Covid-19, la Commission européenne valide l’importation de 20.000 tonnes de viandes bovines mexicaines, jusqu’ici interdites pour raisons sanitaires », s’indigne l’association française interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev). Chez nous, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea) juge cette décision « inacceptable » au regard des volumes de viande bovine importée déjà acceptés via d’autres traités (65.500 tonnes avec le CETA, jusqu’à 99.000 avec les pays du Mercosur…). « Les enchères s’arrêteront-elles un jour ou l’objectif de la Commission est d’inonder le marché européen et d’anéantir nos filières? », interroge le syndicat agricole.

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© BELGA IMAGE / Edgard Garrido

Ce dernier estime d’ailleurs que ce type d’accord conduit à mettre en concurrence les éleveurs belges et, plus largement, européens, avec des productions ne respectant par les normes strictes qui leur sont imposées. « Une concurrence déloyale qui se traduira inévitablement par une pression à la baisse sur les prix déjà trop bas dans la filière de la viande bovine », dénonce l’organisation.

Manque de cohérence

Depuis le début de la crise, des voix s’élèvent pour relocaliser l’activité économique, notamment dans les secteurs essentiels que sont la santé et l’alimentation. « Le prochain enjeu d’un retour « à la normale » sera celui de ne pas revenir à des pratiques agricoles anormales, destructrices des paysan·ne·s (du Nord comme du Sud) et du vivant », martelaient plusieurs organisations le 17 avril dernier, journée internationale des luttes paysannes, en interpellant le gouvernement wallon. Avec cet accord commercial entre l’UE et le Mexique, leur espoir d’une « transformation profonde de nos systèmes alimentaires vers la souveraineté alimentaire et la résilience » en prend un sacré coup.

Au niveau européen, dans le cadre du Green New Deal, la Commission devait récemment présenter ses stratégies « Biodiversité » et « De la ferme à la table » pour mettre en place une alimentation produite de la manière la plus respectueuse possible de la nature. Retardés par la crise, ces plans ne peuvent être soutenus en signant de tels accords, soupire Fugea, pointant leur impact environnemental néfaste. « Ce manque de cohérence est dangereux. Nos agriculteurs ne peuvent être soumis à des injonctions contradictoires les sommant de respecter des standards de production plus élevés, tout en étant concurrentiels avec des productions encadrées par des normes plus laxistes ». Fugea appelle l’ensemble des forces politiques à ne pas valider cet accord au niveau européen et espère que nos ministres de l’agriculture s’y opposeront fermement.

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