Aides prévues pour la culture: «Cela ne changera rien à la donne»

Hier, la ministre francophone de la Culture a annoncé une aide de 8,4 millions d’euros pour les artistes. Vu de l’ampleur des répercussions de la crise sur le secteur, ceux-ci estime que ce n’est qu’un premier pas, alors que la situation est urgente.

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Ce mardi 7 avril, Bénédicte Linard, ministre de la Culture pour la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), se présente sur le plateau du JT de la RTBF. Elle est interrogée sur ce que son gouvernement prévoit pour le milieu culturel et prend un ton rassurant. 8,4 millions d’euros sont prévus pour les aider et elle tient à ce que ce soient les artistes qui en bénéficient, et pas tant des fédérations par exemple. Mais du côté des principaux concernés, cela sonne pourtant comme une goutte d’eau comparé à l’océan de problèmes qui les attend ces prochains mois voire années.

Un décalage entre l’aide prévue et les attentes

Le montant de l’aide paraît d’une part tout à fait dérisoire. Dans un manifeste publié ces derniers jours pour soutenir le secteur culturel, il était question d’avoir un montant qui serait comparable à ce que fait l’Allemagne. Cette dernière a accordé un soutien de 50 milliards d’euros pour le seul domaine culturel. Il faudrait donc, à l’échelle de la FWB, consacrer… 2,6 milliards d’euros.

« On est très loin du compte et cette aide ne changera rien à la donne. C’est un premier geste mais c’est compliqué, surtout en Belgique où la ministre de la Culture dépend pour certaines décisions du fédéral et que cela bloque à ce niveau-là. Beaucoup d’éléments entrent en jeu », note Fabian Hidalgo, coordinateur du Facir qui représente le milieu musical. « Le problème est que l’on ne sait pas combien de temps durera le confinement et si le public reviendra facilement dans les salles. De plus, les plans de déconfinement prévoient que notre secteur soit le dernier concerné, ce qui nous inquiète d’autant plus », s’inquiète-t-il.

Une situation catastrophique

Si les demandes du secteur se font si pressantes, c’est que le risque de voir se retrouver un grand nombre d’artistes sur le carreau est important. « Toutes les sorties et tournées sont reportées et les reprogrammations chamboulent le reste du calendrier. On a surtout peur que les opérateurs se concentrent surtout sur les grosses têtes d’affiche pour ne pas prendre de risques et remplir les salles. Il y a une saturation et il n’y a plus de places pour les autres artistes. La diversité en prend un grand coup », prévient Fabian Hidalgo.

Cette situation est encore plus désastreuse pour le domaine des arts de la rue, du cirque et forains. « Le gros problème, c’est que si nous disons à ceux qui devaient se produire cette année qu’ils pourront le faire en 2021, qu’en sera-t-il de ceux qui avaient leurs activités à ce moment-là ? C’est une perte importante qui va s’échelonner sur plusieurs saisons puisqu’il va y avoir un embouteillage de spectacles, et on ne sait pas comment on va le gérer. C’est pour cela qu’il faut sécuriser les individus du secteur afin qu’ils puissent tenir le coup », alerte Isabelle Jans, coordinatrice d’Aires libres qui représente ce secteur. « On ne sait même pas si nos artistes pourront bénéficier des aides puisqu’une bonne partie de leurs représentations se font à l’étranger », complète-t-elle.

Les demandes sont donc nombreuses : étendue du chômage temporaire aux nombreuses personnes qui cumulent les CDD, tolérance par rapport au statut d’artiste qui nécessite la prestation d’un certain nombre de jours pour le conserver, le soutien aux artistes indépendants qui sont particulièrement touchés… Mais les discussions sont pour l’instant en suspens au niveau fédéral, qui gère ces différents points. « On ne connaît pas le contenu exact de leurs discussions mais on sait par exemple que la N-VA peut être violente vis-à-vis des artistes, ce qui risque de faire peser sur les négociations », affirme Fabian Hidalgo.

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