Le boom du circuit-court: les producteurs tiennent-ils le coup?

Face à la pandémie qui a bouleversé notre quotidien, les producteurs ont, eux aussi, dû s’adapter. Témoignages, entre succès et galères. 

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Le coronavirus se révèle être un nouveau défi pour les producteurs et maraîchers belges. Avec la fermeture des restaurants et des marchés, ils sont nombreux à devoir trouver d’autres moyens pour écouler leur marchandise. La vente directe, en épicerie, via plateforme en ligne et les livraisons sont autant de plans B, qu’ils étaient nombreux à pratiquer déjà avant la crise. “Les producteurs wallons ont rarement un seul canal de distribution”, explique Claire Olivier, du Centre Interprofessionnel Maraîcher, qui regroupe une centaine de membres. Parmi ces derniers, un seul producteur était exclusivement orienté vers les marchés. “Il a dû se tourner vers une solution alternative, il a décidé de faire des livraisons”. Pour les autres, le bilan est plutôt positif.

Ruée vers le circuit-court

Depuis le début du confinement, de plus en plus de Belges se tournent vers les commerces de proximité. Les fermes disposant d’un magasin ou proposant des paniers tournent à plein régime. “Les demandes ont explosé, et certains n’arrivent pas à suivre. Les producteurs disent qu’ils ont doublé voire triplé leurs commandes habituelles”, constate la conseillère technique au CIM. Près de Nivelles, au coeur des champs, le petit magasin de la Ferme de la Baraque ne désemplit pas. Les frères De Paepe à la tête de cette entreprise familiale en sont ravis, même si cette nouvelle vague de clients augmente inévitablement le risque de contamination. “C’est un grand stress surtout pour mon épouse, qui gère le magasin. Même si on prend toutes les mesures de sécurités nécessaires, il y a toujours ce risque. C’est ça le plus dur”, explique Jan.  

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© BELGA IMAGE / NICOLAS MAETERLINCK

Bernard Deconinck est également confiant, malgré la perte temporaire de ses clients restaurateurs. “Je me tracasse pour eux parce que le milieu était déjà en difficulté. Mais aujourd’hui, on se fait de nouveaux clients”, confie le responsable de la Ferme de Gentissart à Villers-la-Ville, à quelques jours du début de la saison des asperges. “Beaucoup de gens redécouvrent la vente locale. Si par après on garde ces nouveaux clients, tant mieux, mais je pense que certains sont là parce qu’ils veulent simplement une excuse pour sortir de chez eux.” D’autres ont certainement voulu éviter les supermarchés pris d’assaut pour se tourner plutôt vers le circuit-court où l’échange social est plus présent, même à distance. 

Manque de main-d’œuvre

Si une bonne partie des maraîchers parviennent à écouler leur production en ce début de crise, le CIM craint tout de même un manque de main d’oeuvre pour les récoltes à venir. “Pour les maraîchers, c’est une période creuse. Ils terminaient la production des légumes d’hiver et commencent maintenant celle des légumes d’été”, explique Claire Olivier, inquiète pour la suite. Le secteur horticole belge emploie quelques dizaines de milliers de saisonniers – de 15.000 en avril à 40.000 en mai -, majoritairement des travailleurs en provenance des pays de l’Est, qui ne pourront pas venir en Belgique en raison de la fermeture des frontières. 

Luc Warnez comptait sur ces bras pour récolter plus de deux tonnes de fraises par jour. Après son passage au journal télévisé de RTL, le fraisiériste de Wépion a reçu de nombreuses demandes de volontaires. Mais un détail coince pour le moment: “un chômeur qui travaille en tant que saisonnier perd ses allocations de chômage”, explique Claire Olivier, en attente d’une décision du ministre fédéral à ce propos. Mais les fraises n’attendent pas. “On va faire appel aux étudiants, aux jeunes travailleurs et aux réfugiés. Normalement ça devrait aller”, confie Luc Warnez, sans pour autant crier de joie. La saison sera difficile. “On va s’organiser au fur et à mesure que la production arrive. Si on ne parvient pas à avoir assez d’argent pour replanter, on replantera moins. On continuera toujours, mais ce sera beaucoup moins”, regrette ce producteur dont l’exploitation existe depuis 80 ans.

Pour certains, c’est catastrophique.

Pour Bernard Deconinck, qui pense avoir son équipe au complet, l’inquiétude se situe plutôt sur le long terme. “On a reçu beaucoup de sollicitations de volontaires pour venir nous aider. Mais si, imaginons, le confinement est levé dans trois semaines, notre saison de maraîchage ne sera pas finie. Dans mon cas, elle dure deux mois et demi. Cela veut dire que dans trois semaines, je devrai commencer à recruter des gens? On recommencerait à zéro alors qu’on atteindrait notre pic de production, c’est problématique”, se projette le maraîcher qui reste tout de même optimiste. Surtout lorsqu’il compare sa situation à celle d’autres producteurs. “Pour certains, c’est catastrophique”. Le secteur laitier risque de payer au prix fort la crise actuelle. “Une perte de 15% en un mois”, selon L’Avenir.

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© BELGA IMAGE / Thierry ZOCCOLAN

Réelle reconnaissance

Après la crise, Bernard Deconinck espère que la population retiendra une chose: “Ok on a eu les médecins, mais tout producteur, agriculteur, maraîcher a confirmé son rôle nourricier. Les gens se sont rendus de l’importance de notre rôle. J’espère qu’ils ne l’oublieront pas après et qu’ils remettront en question leur manière de consommer”. Même espoir du côté du Centre Interprofessionnel Maraîcher. “Lorsque cette crise sera derrière nous, il ne faudra pas oublier que nos producteurs se sont démenés pour nous fournir des produits de qualité pendant ces semaines de confinement, parfois au détriment de leur santé, et sans compter leurs heures de travail.

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