Violences conjugales pendant le confinement: «Le fédéral doit agir»

La période de lockdown est propice à une augmentation nette des violences conjugales. Mais les victimes sont loin d’avoir les outils pour y faire face. S’il est difficile de donner des chiffres sur l’ampleur du phénomène, les demandes se font de plus en plus pressantes pour que l’État y apporte une réponse efficace.

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Beaucoup de titres de presse parlent des conséquences économiques de la crise du coronavirus, mais il en existe une beaucoup plus sociale et dramatique. La période de confinement constitue un cocktail de dangers pour les individus susceptibles d’être victimes de violences conjugales. En témoigne une vidéo d’un boxeur qui « enseigne » comment profiter de ce moment pour battre sa femme. Les associations d’aide à ces victimes sonnent l’alerte et joignent leurs critiques à celle des rapports européens pointant l’inaction du gouvernement fédéral en la matière.

Le confinement : facteur essentiel d’augmentation des violences conjugales

Il faut noter un premier élément : l’augmentation des violences conjugales pendant le confinement est certaine mais incalculable à chaud pour le numéro d’appel « Ecoute, violences conjugales », comme l’explique son coordinateur, Jean-Louis Simoens : « Ces derniers jours, on a eu une augmentation importante des appels, jusqu’à 70% pour le 30 mars. Mais il faut faire la distinction entre le nombre et la nature des appels puisque cette augmentation correspond à des demandes particulières avec des personnes qui s’inquiètent par rapport à des proches. Dans ces 70%, il y a aussi une quantité non négligeable de personnes qui proposent leur aide. Mais pour les violences conjugales en tant que telles, le nombre d’appel reste constant ».

Jean-Louis Simoens tient à noter que ce n’est pourtant pas parce que son service ne reçoit pas plus d’appels précisément pour les violences conjugales que la situation réelle ne s’empire pas. « Comment voulez-vous contacter notre ligne d’écoute pendant une période de confinement quand on est victime de violences ? Le confinement permet moins facilement d’appeler qu’avant. Le fait qu’il n’y ait pas d’augmentation peut donc aussi dire que les tensions sont encore plus importantes, puisque malgré cette contrainte, on garde le même nombre d’appels à ce propos. Le fait d’être isolé de la société met clairement en danger les personnes susceptibles d’être victimes de violences conjugales. D’autre part, il y a une pression sociale sur les auteurs de violences qui ne s’exerce plus ici. C’est une période inquiétante », alerte Jean-Louis Simoens.

Un appel à l’aide à un fédéral inactif

Face à cette situation, l’aide aux victimes est réduite en Belgique. Le numéro d’appel « Ecoute, violences conjugales » est anonyme et ne permet pas de réagir aux situations d’urgence dévolues au 101 et au 112. Il ne peut que conseiller les personnes menacées en les orientant par exemple vers les trois refuges nouvellement créés pour les héberger à une adresse secrète dans les villes de Liège, La Louvière et Bruxelles.

Pour le reste, les victimes sont démunies et Jean-Louis Simoens pointe directement le monde politique comme responsable. « Au niveau des gouvernements régionaux, il y a de bonnes intentions mais au niveau fédéral, on est inquiet du manque de perspectives et de moyens. La justice a la responsabilité de la protection du citoyen mais on se rend compte que près de 75% des dossiers sont classés sans suite en matière de violences conjugales. Cela veut dire qu’il y a une impunité. La police est, elle aussi, dépassée. On entend de nouveau ce que l’on entendait il y a 20 ans avec des personnes qui tentent de décourager des victimes de déposer plainte, parfois en les intimidant ».

Une lueur d’espoir : ce jeudi 2 avril, une réunion interministérielle doit avoir lieu sur les violences conjugales avec une participation exceptionnelle du fédéral sur le sujet. Jean-Louis Simoens estime que la crise du coronavirus sert à prendre conscience de la gravité de problème. Il a donc de grandes espérances par rapport à cette réunion. « On aimerait que des dispositions soient prises par rapport à la justice et la police. Il faut vraiment une mobilisation de ces secteurs-là. Il y a des budgets consacrés aux violences conjugales mais très réduits, surtout au niveau fédéral. Très peu de choses sont faites et il y a clairement un manque de moyens », conclut-il.

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