Faut-il diminuer les loyers le temps de la crise du coronavirus?

Alors que l’épidémie de coronavirus met l’économie en pause, l’inquiétude de ne pas pouvoir payer son loyer s’ajoute à celle concernant sa propre santé, et celle de ses proches.

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Le Covid-19 ne cesse de plonger les citoyens dans l’incertitude. Avec les différentes mesures prises par le gouvernement en cette période de confinement, ils sont nombreux à voir leur salaire diminuer. Le retour à la normale n’étant pas pour tout de suite, et certainement pas le 5 avril, ils craignent de ne pouvoir payer leur loyer. Dans le flou, les locataires “demandent qu’on prenne également des mesures en leur faveur”, revendique José Garcia, le secrétaire général du Syndicat des Locataires, assailli d’appels et d’e-mails depuis plusieurs jours. Leurs questions restent pour l’instant sans réponse officielle du gouvernement, mais elles ont été entendues par les propriétaires.

En règle générale, le locataire ne peut se dispenser de régler son loyer, mais, face à cette situation inédite, cela doit être analysé au cas par cas. Pour trouver un accord “équilibré”, en tenant compte de la “situation spécifique du locataire”, le secrétaire général du Syndicats des Propriétaires et des Copropriétaires Patrick Willems appelle à la discussion. Tout simplement.

Pour les étudiants

Avec les universités fermées jusqu’à la fin du quadrimestre, la majorité des kots risquent de rester vides pendant un bon bout de temps. Rentrés auprès de leurs familles en cette période de confinement, les étudiants se demandent pourquoi ils doivent payer pour un kot inoccupé. La question est légitime, surtout que bon nombre d’entre eux ont également perdu leur job, et donc des revenus parfois indispensables.

Pour Patrick Willems, la réponse est claire : “Si c’est un choix de l’étudiant de quitter son kot, il doit payer son loyer. On ne freinera pas le propriétaire qui veut faire un geste, mais dans ce cas-ci, il n’a aucune obligation.” Au contraire, dans le cas où ce serait une décision du bailleur lui-même de fermer ses kots, “l’étudiant, qui se voit dans l’incapacité de jouir de son bien, n’a évidemment pas à payer un loyer”.

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© BELGA IMAGE / PHILIPPE FRANCOIS

Pour les particuliers

En ce qui concerne les logements de résidence principale, la même règle s’applique : le loyer reste obligatoire. Là aussi, les propriétaires sont encouragés à établir un dialogue et à trouver une solution quand c’est nécessaire. “Nous invitons les bailleurs à faire preuve de compréhension”, déclare le secrétaire général du syndicat.

Ce dernier alerte tout de même sur les dérives d’une tel compromis : certains pourraient en profiter. “Les personnes qui avaient déjà des difficultés pour payer leur loyer depuis plusieurs mois pourraient profiter de la situation sanitaire actuelle pour ne pas payer. Lui octroyer un geste ne ferait que reporter le problème dans ce cas-ci”, explique Patrick Willems, rappelant pour certains propriétaires, les loyers sont des compléments de revenus indispensables. José Garcia recommande lui aussi le dialogue, et demande la protection “des personnes qui n’arriveraient pas à payer leur loyer pour des raisons liées au coronavirus”.

Pour les commerçants

La situation est probablement plus complexe pour les commerçants, qui se sont, eux, vu imposés par les autorités la fermeture de leur établissement. Privés de leurs revenus, il leur est difficile de payer la location de leur surface commerciale, basée sur lesdits revenus. C’est ici que la négociation est évidente, voire indiscutable. “Si on veut maintenir une bonne relation bailleur-locataire, les propriétaires ont plutôt intérêt à faire un geste, en sacrifiant parfois purement et simplement un loyer et reprendre des affaires normales une fois sortis de la crise”, recommande le syndicaliste. “Pour faire face à la situation, tout le monde doit mettre de l’eau dans son vin. les aides octroyées par le fédéral et les régions ne vont pas compenser le manque à gagner pour les commerçants et les indépendants”. 

Et après la crise ?

Du côté du syndicat des locataires, José Garcia applaudit la suspension des expulsions administratives et judiciaires, mais met en lumière des incohérences du côté du gouvernement : “Face à cette situation, certes difficile, on met en place des mesures qui semblaient impensables il y a encore moins d’un mois”. Le secrétaire général fait référence à ce moratoire des expulsions, mais aussi à la réquisition des hôtels pour héberger les sans-abri. Ces deux revendications sont énoncées et répétées depuis de nombreuses années par le syndicat des locataires, mais, selon l’Etat, elles viendraient “déstructurer voire démolir le marché locatif”, dénonce José Garcia. “Nous demandons qu’il n’y ait pas d’expulsion sans relogement, la réquisition des immeubles abandonnés pour les sans-abri, comme le prévoyait déjà en 1993 la loi Onkelinx”, ainsi que “la régulation des loyers”, surtout pour les logements insalubres.

Durant cette période de confinement, le syndicat demande au nom des locataires une négociation “sans crainte” des loyers des logements non-conformes. Une action a d’ailleurs été lancée sur leur site pour obtenir des politiques des mesures en faveur des locataires. Une fois la crise derrière nous, le syndicat est bien décidé à ne plus accepter les “mêmes conneries” concernant ces mesures, jugées autrefois impossibles, maintes fois refusées, mais aujourd’hui mises en place, “comme par miracle”.

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