Quel impact aura l’épidémie sur les relations internationales ?

Les comportements divergents, ou arrogants, de certains pays pourraient laisser des traces à la sortie de la crise. Mais dans quelle mesure ? Et des sanctions envers la Chine sont-elles à envisager ?

©Belga

Si l’union fait la force, elle commence doucement à s’effriter chez nous. La ministre de la Santé Maggie de Block est de plus en plus critiquée, alors que des voix s’élèvent (virtuellement) pour rappeler que Sophie Wilmès, louée pour sa gestion de crise jusqu’ici, avait participé au rabotage des budgets des soins de santé lorsqu’elle faisait partie du gouvernement Michel. Le communautaire revient aussi doucement sur le tapis via les caprices de la NVA. Il ne fait donc aucun doute que la crise a, et aura, un impact sur la politique intérieure en Belgique.

Un impact nettement moins notable actuellement au niveau géopolitique. Chacun des pays touchés par le virus se préoccupe encore et surtout de l’état de son système de santé et de ses citoyens. D’ici, nous déplorons principalement la stratégie des Pays-Bas et le retard pris par l’Angleterre, et pleurons face aux catastrophes qui se jouent en Italie et en Espagne.Mais un jour, sortis de la crise sanitaire ou non, se posera la question de la manière dont chaque pays a géré l’épidémie.

Faut-il s’attendre à ce que certains demandent des comptes ? Le coronavirus laissera-t-il des traces durables dans les relations internationales entre les grandes puissances, les institutions continentales et les petites nations ? « A court terme, la conséquence principale est, au contraire, la concentration des efforts face à une menace commune, estime Tanguy de Wilde d’Estmael, prof de sciences politiques et de relations internationales à l’UCLouvain. On note une convergence dans la gestion de cette épidémie qui a un impact planétaire, incitant à la coopération. Quand le vaccin sera trouvé, il sera rapidement partagé. Je pense que les réflexes plus nationaux n’ont pas réellement de conséquences. Par exemple, les Etats-Unis ont décidé de fermer leurs frontières aux Européens quand l’Europe a déconseillé à ses citoyens de voyager. »

Alors que la santé reste une compétence nationale, le manque de contrôle sur la propagation rapide du virus démontre cependant le besoin d’un instrument de gouvernance mondial. « Cela en rappelle effectivement l’utilité face à cette forme de globalisation naturelle des menaces, comme nous pourrions le voir dans la lutte contre le réchauffement climatique. On pourrait imaginer que des experts des 27 se réunissent pour mettre en place des mesures coordonnées. L’Europe a toujours progressé après les crises. Il est certain qu’il y aura une réflexion une fois que nous aurons vaincu le virus. »

Pas de règlement de compte

Autre conséquence directe de la crise actuelle, la remise en question de nos biens de première nécessité. Qui aurait cru il y a deux mois que le gel hydroalcoolique et le matériel de protection médical deviendraient des produits stratégiques ? « Des biens pas particulièrement sophistiqués que l’on a décidé de faire produire ailleurs, dans l’atelier du monde… De nouveau, la lutte en faveur du climat nous pousse à reconsidérer une production locale. Il y aura probablement la même volonté de relocaliser certaines productions après la crise du coronavirus. »

À moyen terme, Tanguy de Wilde d’Estmael ne voit pas le positionnement des superpuissances changer autour des grands sujets. « Une fois le « formol » du coronavirus dilué, le reste va revenir dans l’actualité. Les migrants, les conflits… Et les grandes nations maintiendront leur cap. En tout cas, si la crise dure environ six mois. Si elle dure cinq ans, ce sera autre chose. »

Si l’heure est à la coopération, entre la stratégie néerlandaise, l’arrogance américaine et la responsabilité chinoise, la sortie de crise risque-t-elle de tourner en règlement de compte ? Le professeur de sciences politiques ne le pense pas. « En ce qui concerne la volonté des USA de s’approprier le brevet, je pense de toute façon qu’une exclusivité n’est pas tenable. Et Trump n’a pas attendu le coronavirus pour s’isoler. Une forme de retrait qui n’est d’ailleurs que la continuité du mandat d’Obama. Pour le reste, le cas des Pays-Bas peut être un peu plus problématique. Certaines petites tensions sont possibles avec la Belgique car elle pourrait avoir l’impression que les mesures néerlandaises ont sapé une partie de ses efforts. »

Processus chinois à peine troublé

Il ne croit pas non plus à des sanctions internationales vis-à-vis de la Chine qui aurait minimisé, voire caché, le virus durant plus d’un mois. Le pays de Xi Jinping peut s’attendre à souffrir au niveau économique, mais là encore, l’impact sera tempéré selon Tanguy de Wilde d’Estmael. « La Chine voit à très long terme. Elle a entamé depuis 1978 un processus de modernisation et de croissance impressionnant. Au point qu’elle représente aujourd’hui 18% du PIB mondial. Elle ne perdra pas de sa puissance. Son plan est de devenir la première puissance en 2049, année du centenaire de la République populaire de Chine et ce projet ne changera pas. Si la crise dure, il prendra probablement un peu de retard, mais cela sera vrai pour de nombreux pays.« 

Loin de ces considérations de superpuissance, la Belgique va également devoir préparer l’après. « Nous sommes ce que l’on appelle une « petite puissance », reconnue notamment pour la qualité de sa diplomatie. A part les quelques tensions avec les Pays-Bas dont j’ai parlé, l’épidémie n’aura pas d’influence fondamentale sur nos relations avec les autres pays. Si rien ne change, nous pourrions simplement être considérés, à l’international, comme un pays qui s’en est bien sorti. »

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