Masques et gels soumis à prescription

Un nouvel arrêté ministériel limite la vente de protections et de biocides aux citoyens. Décryptage.

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On apprend aujourd’hui que la vente de protections et de gels hydroalcooliques sera désormais soumise à prescription. En France, la vente libre de masques est déjà interdite depuis le 4 mars. Alors qu’il n’y a pas de pénurie dans les hôpitaux français et que le grand public, lui, continue d’être exposé en se rendant au parc ou au supermarché. Les dernières études montrent en effet que ce nouveau coronavirus survit plusieurs jours sur certaines surfaces et plusieurs heures dans l’air. Sur les groupes Facebook privés des pharmaciens belges indépendants, c’est la colère, l’incompréhension. « Les médecins s’ennuient tellement en ce moment qu’il faut désormais passer par eux pour acheter du gel…, ironise une pharmacienne. À quoi servons-nous si nous ne sommes pas jugées capables de délivrer ces produits correctement? » Énervement aussi chez cette autre praticienne: « On se casse le c.. à trouver des principes actifs, des formules valables, des flaconnages, et maintenant on soumet ça à prescription? »

La mesure semble absurde. D’autant que les fameux masques FFP2, par exemple, ne sont plus du tout introuvables… « Alors que j’en dénichais à peine quelques centaines au prix exorbitant de 5.5 euros pièce il y a deux semaines, on m’en propose aujourd’hui à 2 euros l’unité », informe une officine du Brabant Wallon. Des masques qui semblent être tout à fait conformes et que les producteurs chinois peuvent livrer en très grandes quantités. Alors pourquoi limiterait-on leur vente aux particuliers? Si la lenteur d’approvisionnement des hôpitaux par l’État belge est, on l’a vu, due à des mauvais choix de fournisseurs, mais aussi à des questions de budget ou à des procédures d’appels d’offres publics, on ne comprend pas pourquoi les citoyens devraient également en payer le prix. Dans la DH, une autre pharmacienne s’insurge contre cette nouvelle mesure. Sauf que ces informations sont incomplètes. 

Après vérification, l’idée de cette nouvelle mesure serait d’abord de limiter la vente de gel et de protections aux seules pharmacies. Ce qui rassure – certains gels vendus dans les commerces n’afficheraient pas un taux d’alcool suffisant – mais pose aussi la question de la disponibilité de ces biocides ultra efficaces contre le coronavirus. L’Association pharmaceutique belge (APB) apporte une autre précision importante. Comme les masques, les gels seront soumis à ordonnance mais celle-ci pourra être prescrite par les médecins ET les pharmaciens. Une première en Belgique. « Le pharmacien peut décider en âme et conscience quel est le public prioritaire pour la distribution de ces dispositifs (par exemple les membres d’une famille où il y a une personne infectée, les patients immunodéprimés ou sous traitement immunosuppresseur, etc.), explique l’APB. D’un point de vue juridique, le produit doit être prescrit. Ce qui signifie que le pharmacien devra inscrire cette délivrance dans le dossier pharmaceutique du patient. » On imagine déjà l’incompréhension de tous les clients sains à qui l’on refusera désormais les masques mais aussi le gel. « Moi, je me retrancherai derrière notre devoir de venir en aide aux personnes en danger », menace cet autre pharmacien.

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