L’école en été pour le bien des élèves? Une possibilité qui fait débat

La durée de confinement de la population pose la question de l’après-pandémie. Certains estiment que le retard pris aujourd’hui à l’école n’est pas irrattrapable alors que d’autres alertent sur le fossé qui se creuse déjà entre les élèves. Les vacances d’été sont en jeu.

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Fameux pavé dans la marre ! Dans De tijd, Geert Noels, économiste flamand, est d’avis que les écoles grignotent sur la période libre de juillet-août pour rattraper le retard pris pendant le confinement du printemps. Bonne idée ? Le problème, c’est que les différents acteurs sont loin d’être d’accord au sujet de la possibilité de raccourcir les vacances d’été : chacun dégaine ses arguments.

Pas de grignotage des vacances au programme… pour l’instant

Du côté du syndicat CGSP Enseignement, le verdict est clair et net : pas touche à juillet et août. « Selon moi, l’allongement de l’année scolaire est une très mauvaise idée. D’une part, les enseignants ne sont pas à l’arrêt pendant le confinement avec des remédiations pour les élèves soit via les plateformes informatiques, soit par écrit. En supérieur, les cours continuent. Je ne vois pas la nécessité de prolonger l’année scolaire alors que tous les enfants vont sortir du confinement avec une seule envie : profiter de la vie et bénéficier de leurs vacances », explique Joseph Thonon, président du syndicat de l’enseignement officiel.

Pour ce dernier, un confinement de trois semaines constitue un retard tout à fait rattrapable que l’on pourrait comparer avec les suspensions de cours de 1990 et 1996 où cela a pu durer deux mois et demi, sans pour autant toucher aux vacances d’été. Il privilégie un autre scénario pour 2020 : « C’est récupérable et ce point doit être évoqué avec la ministre d’ici la fin des vacances de Pâques. Il faudra voir à ce moment-là si le confinement continue ou pas. La solution pour moi, c’est d’allonger les épreuves de fin d’année ».

L’inquiétude de voir les inégalités scolaires croître

La question de la sauvegarde des vacances d’été sera à reposer à la fin du mois d’avril en fonction de la durée du confinement. Mais, dès aujourd’hui, d’autres acteurs s’inquiètent de possibles inégalités scolaires. « Il est sûr que le confinement est de nature à accroître les inégalités dans la mesure où l’éducation repose principalement sur les familles. Les différents milieux sociaux ont des styles d’éducation et d’occupation du temps libre qui sont assez différents. Il est certain que les enfants des classes moyennes seront plus souvent mis au travail, sans compter que les parents feront plus attention à combiner loisir et travail et pourront aller même au-delà de la matière vue par l’enseignant. Dans les classes populaires, le mode d’éducation est plus spontanéiste avec moins d’encadrement de l’élève. Le temps passé devant la télévision et les jeux est moins contrôlé. Plus le confinement sera long et plus cela pourra éloigner de l’école un certain nombre d’élèves qui sont déjà en difficulté », s’inquiète Hugues Draelants, chercheur en sociologie de l’enseignement à l’UCLouvain.

Face à ce risque, il serait donc tout à fait légitime de voir les vacances d’été amputées, ou du moins d’avoir plus de cours en juin. « Si l’objectif est de limiter les inégalités scolaires creusées pendant le confinement, rattraper le temps perdu pendant les vacances d’été est une piste intéressante. Je pense que c’est une mesure qu’il faudrait envisager, même si cela risque d’être compliqué à organiser. Mais la situation est tellement exceptionnelle que cela pourrait être nécessaire ».

En attendant, Hugues Draelants donne quelques conseils pour que les parents évitent que leurs enfants aient des difficultés futures à l’école : « il faut qu’ils essayent de prendre 30 minutes voire une heure au moins par jour pour s’assurer que les travaux des enseignants soient faits. Il faut que l’enfant soit mis au travail, même s’il ne faut pas que cela prenne trop de temps, et garder un certain rythme avec des règles pour que l’enfant ne soit pas déstructuré ».

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