Données mobiles : votre smartphone pour vous sauver, ou vous surveiller?

Les autorités sanitaires belges prévoient d’utiliser les données de géolocalisations de nos téléphones. Si cela permettrait de lutter contre la propagation du virus, cela soulève également des questions en matière de respect de la vie privée.

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Avez-vous croisé un patient contaminé au Covid-19 ces quinze derniers jours ? Si vous ne le savez pas, peut-être que votre smartphone lui, le sait. C’est pourquoi les ministres des Télécommunications et de la Santé Publique, Philippe de Backer et Maggie De Block (tous deux Open-VLD) annoncent ce vendredi la création d’un groupe de travail « Data Against Corona ». L’objectif ? Exploiter les données de télécommunications mobiles fournies par les opérateurs Proximus, Telenet et Orange, pour « analyser les informations sur la propagation du virus » ont communiqué les ministres.

Croisées avec le nombre de tests de dépistages effectués et le nombre d’hospitalisations dans une zone précise, ces données pourraient servir à cartographier la « dispersion de la maladie » ou effectuer des « communications ciblées via Be-alert », l’outil des autorités fédérales en cas de recommandations d’urgence à la population. Si vous êtes considéré comme une personne à risque de contamination, un sms pourrait ainsi vous être envoyé, avec des conseils ciblés et des recommandations à suivre pour ne pas mettre votre santé et celle des autres en danger.

Si ces dispositifs ne sont pas encore opérationnels, ils posent dès à présent la question du respect de la vie privée. Selon les autorités, seules des données anonymisées seront utilisées et un « comité d’éthique » a été constitué au sein du groupe de travail pilotés par Philippe De Backer et Maggie De Block. Si le Règlement général sur la protection des données (RGPD) considère les données télécoms comme strictement personnelles, ne devant dès lors pas être exploitée sans accord de la personne concernée, une exception est néanmoins prévue : le traitement de ces données est permis par le texte, lorsqu’il est « nécessaire pour des motifs d’intérêt public dans le domaine de la santé publique », lors d’une crise sanitaire comme celle que nous traversons.

Dispositifs de contrôle

D’autres pays européens ont déjà sauté le pas, comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore l’Italie, dans l’exploitation des données mobiles pour endiguer la progression du virus. Si l’objectif de lutter contre la pandémie est évidemment louable, le risque de tomber dans une société de surveillance ne peut être écarté.

En Chine, les mesures d’urgences déployées contre le Covid-19 se sont accompagnées de nouveaux dispositifs de contrôle pour le pouvoir en place. Drones, caméras de reconnaissance faciale couplés à l’imagerie thermique pour détecter les malades, etc. L’État chinois a récolté ces dernières semaines de nombreuses données sur ces citoyens.

En Israel, le gouvernement vient d’autoriser les services secrets à collecter, sans autorisation préalable de la justice, les données de géolocations des patients infectés, ainsi que de ceux les ayant croisés dans les quatorze jours précédents. Après analyse, le ministère de la santé pourra prévenir les personnes susceptibles d’avoir été contaminées, afin de les placer en quarantaine. L’effacement de toutes les données collectées serait prévu, dans les trente jours suivant la fin de l’épidémie. Selon les autorités, les services secrets israéliens ne seront pas autorisés à faire en faire un usage autre que celui de la lutte contre la pandémie.

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