Enterrement, hospitalisation… Quand le confinement rend la vie insupportable

Maisons de repos fermées, visites dans les hôpitaux interdites, enterrements en comité restreint… La lutte contre l’épidémie plonge la population dans une réalité disruptive où certains contacts sociaux, qui semblent pourtant essentiels, ne sont plus possibles. Témoignages.

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Rester chez soi et éviter tout contact social, c’est le mot d’ordre du moment. L’objectif est compréhensible : freiner au maximum l’expansion du virus, en forte progression ces derniers jours en Belgique, afin d’éviter que les hôpitaux soient débordés. Mais pour certains, ces mesures, aussi nécessaires soient-elles, sont difficiles à vivre.

À commencer par les personnes âgées. Enfermés chez eux ou en résidence, les seniors, les plus vulnérables face au coronavirus, redoutent la solitude. Face à cette rupture sociale soudaine et totale, leurs proches se sentent également impuissants. Toute visite leur est interdite dans les maisons de repos depuis jeudi dernier. Pour garder un véritable contact avec le monde extérieur, il y a le téléphone. « Nos proches nous appellent pour prendre des nouvelles et la vie continue« , relativise Henri, résident à la maison de retraite Alizé à Auderghem. Certains reçoivent la visite de leurs proches à distance, en bas de leur fenêtre, mais aussi des lettres et des dessins d’anonymes, ayant répondu à un appel à la solidarité. Pour d’autres, la situation est plus complexe.

Ma mère a l’Alzheimer”, confie Lieven, qui lui rendait visite au moins une fois par semaine près de Roulers, en Flandre, à moins d’une heure de chez lui. “Elle ne se rend pas compte de ce qu’il se passe. C’est peut-être mieux comme ça. Mais je ne peux pas lui téléphoner, je peux seulement aller la voir à sa fenêtre, mais je trouve cela trop dur émotionnellement. Ce qui me rassure, c’est de savoir qu’elle a tous les soins dont elle a besoin”, poursuit cet enfant unique, qui reçoit des nouvelles de sa mère, âgée de 76 ans, par les infirmières. En ces temps troublés, Lieven comprend les enjeux d’un tel confinement. “C’est mieux pour elle et les autres qui sont dans la même situation. Il ne faut prendre aucun risque. Si le virus entre dans le home, ce serait une catastrophe”, s’inquiète celui qui prend également des nouvelles de son père, âgé de 82 ans. Vivant en service flat, ce dernier comprend plus difficilement pourquoi il ne peut plus voir sa femme. “Il a son ordinateur, son téléphone, sa télévision, mais les journées lui paraissent tout de même longues, enfermé dans son appartement”.

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© BELGA PHOTO / Loic VENANCE

Un seul contact : le personnel soignant

Les mesures de sécurité s’adressent également aux personnes hospitalisées, et à leurs proches. Depuis dimanche dernier, Alain était sans nouvelle de son mari, qui a subi une opération d’urgence aux intestins. “Je ne savais pas s’il allait s’en sortir, s’il était mourant”, confie-t-il, son seul contact étant un membre du personnel soignant. “Une voix anonyme au téléphone, une différente chaque fois. On ne sait pas ce que la personne sait de moi, de lui. On vous répond toujours sur un ton neutre, ni positif, ni négatif, ni encourageant, ni tragique. Comme on ne le voit pas, on s’imagine tout et n’importe quoi. C’est ça le plus difficile.” 

Pour Alain, l’inquiétude pour son mari se mêle à celle de l’épidémie. “On m’a dit qu’il avait des problèmes respiratoires, alors qu’il était rentré pour des problèmes intestinaux. Il était aux soins intensifs, dans la même pièce que d’autres patients atteints du virus”, explique-t-il, en attente des résultats du test. Anxieux, Alain a enfin pu l’avoir au téléphone ce mercredi, “soulagé de l’avoir entendu”. “Sa situation s’est améliorée, mais il est encore aux soins intensifs. Il est de bonne humeur, mais il s’ennuie à mort. C’est bon signe.

“Cela nous déchire le cœur”

D’autres, au contraire, doivent faire un dernier adieu à leur proche, tout en respectant les mesures de sécurité annoncées par le gouvernement. Les cérémonies doivent dorénavant se faire en cercle restreint. “On aurait aimé qu’il y ait du monde aux funérailles de notre grand-mère pour honorer son départ”, regrette Nathan. “On a l’impression que le Covid-19 ne nous permet de l’honorer comme il se doit”. Sa grand-mère, sa “Mamylou”, est décédée dans la nuit de dimanche à lundi, après six années de combat contre la maladie. “On est tristes, mais c’est en même temps un soulagement pour toute la famille. Ce qui nous déchire le cœur, c’est que même les plus proches ne pourront être tous présents”. Nathan et sa famille devront respecter la distanciation sociale lors de l’enterrement, ce vendredi. Ne pas pouvoir consoler un proche en le prenant dans ses bras ou lui tenant la main semble inconcevable. Mais comme Alain et Lieven, ils comprennent et respectent les mesures mises en place, pour le bien commun. “L’enterrement, c’est un symbole”, relativise Nathan. “Une fois que tout ça sera fini, le confinement, le virus, on se rassemblera, et on invitera tous ceux qui ont aimé notre Mamylou pour lui rendre hommage comme il se doit !

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