Weinstein: une victoire pour le féminisme?

La justice américaine a condamné le producteur de cinéma à 23 ans de prison. Mais le gain de cette bataille, même très symbolique, ne signifie pas que la guerre est gagnée pour les féministes.

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Une page vient de se tourner pour le mouvement #MeToo. L’homme qui a provoqué son émergence, Harvey Weinstein, vient d’être condamné à 23 ans d’incarcération. Il aura fallu trois ans pour que cette affaire arrive enfin à son terme. Il est maintenant temps pour les féministes de faire le bilan sur la signification de cet événement, l’impact qu’il a eu sur la société et les répercussions pour le futur.

Une victoire qui ne doit pas être surévaluée

Cette condamnation marque d’abord une transition importante. « Le mouvement #MeToo, qui relevait d’un phénomène social, se transpose désormais dans le domaine juridique. Le droit ne vient plus seulement conforter un ordre établi dans lequel les femmes sont mal représentées et respectées. C’est aujourd’hui aussi un outil pour les personnes les plus vulnérables et en particulier ici des femmes », se réjouit Diane Bernard, professeure de droit à l’université Saint-Louis.

Cette affaire fera date, mais est-ce que pour autant elle représente un tournant dans l’histoire de #MeToo ? « Ce serait plutôt une étape potentielle, même s’il n’est pas aisé de déterminer ce qui est un tournant et ce qui ne l’est pas », hésite-elle. Si elle se montre aussi mitigée, c’est qu’un autre élément tempère son réjouissement : la prise en compte de la parole des victimes. « Il est évidemment interpellant que des dizaines de femmes aient porté plainte contre Harvey Weinstein et que finalement, la condamnation ne repose que sur deux témoignages. Cela nous montre les limites du droit à plusieurs égards », juge Diane Bernard.

Quid de l’après-Weinstein ?

Si cette affaire est si importante, c’est également du fait de son potentiel de résonance. « Cela peut donner lieu à une prise de conscience plus large par du système patriarcal. Maintenant, il faut une conscientisation au niveau local, dans tous les domaines de la société », estime Marie Doutrepont, avocate féministe, qui pointe d’autres défis pour que justice soit rendue aux victimes de viol. « les bonne volontés et l’arsenal juridique existent. Mais on manque d’une mise en place concrète de cet arsenal et de budget. Cela reste très difficile d’obtenir que la plainte soit actée dans de bonnes conditions. Comme avocate, j’entends encore trop de préjugés qui font obstacle et quand la plainte est actée, il y a un taux de classement du parquet qui est problématique. Enfin, la réponse judiciaire prend plusieurs années. Et on a encore du mal à envisager des problèmes plus structurels. On reste dans une société où le sexisme reste très présent », continue-t-elle.

Diane Bernard est, elle aussi, entièrement d’accord pour dire que le problème doit être traité de manière beaucoup plus large. Les évolutions dans le domaine judiciaire ne font pas tout. « Il faut que la situation évolue aussi dans les autres milieux : politique, social… Ce n’est que comme cela que la situation évoluera véritablement : le droit, pénal en particulier, n’y suffira pas ». «Une prise de conscience est nécessaire, même s’il y a des choses qui vont dans le bon sens, comme l’introduction du féminicide dans le code pénal. Mais si l’on se retrouve devant un tribunal, il ne faut pas oublier que c’est parce qu’il est déjà trop tard », conclut Marie Doutrepont.

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