La politique migratoire se résume à une (non) politique de l’accueil

Durant les 5 dernières années s’est opéré un glissement conceptuel : la migration n’est vue que selon le prisme du «  réfugié  ». Eclairage.

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« Politique migratoire ». Allez googler ces deux mots, faites une recherche sur les réseaux sociaux. Résultats  ? Des jeunes et moins jeunes gens en capuche, la tête dans les bras, assis le long d’une clôture de barbelés. Des bateaux pneumatiques surchargés. Des caricatures décrivant une « Europe forteresse ».

Et il y a pire  : des pleurs d’enfants, des tirs de lacrymogène, des corps dénudés marqués de coups. Il y a toujours pire. Les images se boucanent. Les réactions des politiques comme de l’opinion publique se durcissent. Dans les mots utilisés de plus en plus fréquemment tant par la population que par ses représentants, le migrant est comme un élément dont on doit se protéger. Qu’il faut reconduire, repousser, refouler. On félicite les gardes-frontières, on finance les camps de rétention. La migration est dorénavant déclinée sur un seul camaïeu  : celui de l’intrusion. Mais Pas partout et pas par tous.

La migration se boucane

Il y a encore des exceptions. Bien sûr un mouvement citoyen – surtout composé de femmes – qui continue, sans relâche, à considérer les migrant(e)s pour ce qu’elles et ils sont  : des êtres humains. Cette position aux vents mauvais dominants est souvent dénigrée parce que provenant d’un milieu «  bobo bisounours  ». Vivant, supposément, dans un univers où la naïveté le disputerait à la bien-pensance. Cette irréductible minorité est parfois très durement stigmatisée. Traitée de « collabo », elle se rendrait complice d’une « occupation » par des « envahisseurs » colorés, musulmans, qui, à terme, remplaceraient la population européenne.

Moins délirante, la Justice a, tout de même, cherché des noises à des hébergeuses dans des procédures que certains ont considérées comme étant des «  intimidations d’Etat  ». Pourtant, c’est de celui-ci dont vient la plus solide et forte objection à considérer le migrant comme un intrus. C’est l’Etat belge, lui-même, qui tire le tapis de sous les pieds de la doxa portée par la population et ses représentants. Et à juste titre. Même si la motivation paraît mois «  bisounours  ».

L’Etat, premier défenseur à son corps défendant…

« La ministre de la Politique de migration et d’asile plaide pour la promotion d’un système de migration légale ou encore de migration économique, notamment pour palier au décroissement, estimé à 23%, de la population active en Belgique aux environs de 2050 ». Voilà, littéralement, ce qu’on peut lire sur le site des Affaires Etrangères belges. Dans les trois langues nationales plus l’anglais. Ainsi, au sommet de l’Etat, on semble avoir compris la réalité démographique. La version anglaise est plus claire. «  Working population  » est plus explicite. Il faut compenser la diminution des gens qui travaillent. Le sous-entendu est immédiat  : la migration est nécessaire pour financer les retraites. « Le concept de politique migratoire s’est restreint à une image : celle du demandeur d’asile » commente François De Smet, qui, avant de passer en politique, a dirigé le Centre Fédéral Migration.

« Alors qu’il n’y a pas si longtemps – 4 ans, 5 ans  ? – on parlait encore d’immigration choisie, d’immigration par quota. La thématique identitaire est tellement présente qu’aucun politique ne se risquerait à parler de manière raisonnée et raisonnable de l’immigration. Cette thématique appartient, de fait, aux nationalistes. La «  politique migratoire » c’est « surtout en accueillir le moins possible ». Alors même que la population européenne décroît. L’émotion empêche malheureusement ce qui, à froid, est une évidence. Accueillir, former, éduquer dans un parcours d’intégration solide et bienveillant est, probablement, une voie d’avenir pour l’Europe en général et la Belgique en particulier ». On pourrait penser cyniquement. « Faire rimer migration avec pension ». Le cynisme vaut mieux que ce qui se passe aux frontières grecques.

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