Erdogan ce lundi à Bruxelles : que veut le président turc sur la question migratoire ?

Peu après avoir menacé l'UE d'une vague de migration, Recep Tayyip Erdogan a rendez-vous ce lundi à 18h avec des responsables européens.

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Le spectre d’une nouvelle vague migratoire. L’idée tétanise de nombreux dirigeants européens qui craignent aujourd’hui de revivre le scénario de l’afflux de réfugiés syriens de 2015. Contrairement à ce que pensent de nombreux Européens, le Vieux Continent n’accueille pas beaucoup de migrants venant de pays en guerre au regard de sa population totale. A l’exception de l’Allemagne, qui a accueilli un millions de Syriens avant de refermer ses frontières, aucun autre Etat-membre n’a réellement fait sa part du « job ». Le premier pays d’accueil au monde fait beaucoup plus que l’ensemble du continent. Et il s’agit de… la Turquie. Il n’en reste pas moins qu’un lien peut être fait entre la vague de migrants et la poussée populiste dans tous les pays de l’UE. Avec des conséquences très concrètes : la participation au pouvoir de l’extrême-droite en Italie et en Autriche, le succès de l’AfD et du Rassemblement national en Allemagne et en France, voire peut-être même le Brexit britannique de 2016. Au niveau belge, les quasi 50% de voix flamandes recueillies en mai dernier par la NV-A et le Vlaams Belang peuvent sans doute être en partie s’inscrire dans la même veine. 

Bref, sous la pression d’une partie de leur opinion publique, les dirigeants européens ont donc conclu en 2016 avec la Turquie, ce qui est présenté parfois comme « le deal de la honte ». En gros: les Européens ont donné beaucoup d’argent à la Turquie pour que celle-ci retienne les migrants sur son territoire. Un deal aujourd’hui remis en question par … Erdogan. Celui-ci a rendez-vous ce lundi à Bruxelles pour aborder le sujet.

L’horreur d’Idlib

Qu’est-ce qui pousse le président turc à remettre en cause le dit accord ? La réponse se trouve du côté d’Idlib. Il s’agit  d’une enclave dans le nord-ouest de la Syrie, près de la frontière greco-turque. La Turquie y affronte les forces de Damas soutenues par la Russie. Une guerre dont les principlaes victimes s’avèrent une nouvelle fois les civils, dans des proportions rarement atteintes ces dernières années. La moitié de la population locale, dont 80% de femmes et d’enfants, doit survivre dans la neige avec des tentes de fortune et sous les bombardements aériens. Un grand nombre de ces migrants se massent aujourd’hui à la frontière turque, laquelle estime désormais ne plus pouvoir en accueillir davantage. Elle menace donc l’UE d’ouvrir ses frontières si cette dernière ne lui vient pas en aide. 

Mal embarquée dans sa guerre en Syrie (la Russie garde par exemple le contrôle de l’espace aérien), Ankara exige le soutien de l’UE à ses opérations militaires dans le nord de la Syrie. Elle estime aussi que le deal financier (6 milliards d’euros) de 2016 n’est plus suffisant au regard de la situation actuelle. Un point de vue qu’Erdogan va faire valoir ce lundi à 18h au président du Conseil européen, Charles Michel, et celle de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Des négociations tendues

Que va-t-il ressortir de la discussion? A priori, aucune annonce majeure et concrète ne sortira aujourd’hui. Le président turc ne se déplace pourtant pas pour rien. Il compte bien mettre la pression sur l’UE et obtenir l’une ou autre concession, par exemple davantage d’argent. L’intitulé de la rencontre s’avère les «problèmes de migrations, de sécurité, de la stabilité dans la région et de la crise en Syrie », a annoncé, pour sa part, sur Twitter le porte-parole de notre ancien premier ministre. Une certitude : le contexte explosif et le caractère du sujet. Quelques heures avant de venir à Bruxelles, Erdogan a appelé dimanche la Grèce à « ouvrir ses portes » aux migrants pour qu’ils se répandent ensuite dans le reste de l’Union. « Hé, la Grèce! Je te lance un appel… Ouvre tes portes également et libère-toi de ce fardeau. Laisse-les aller dans d’autres pays européens », a-t-il ainsi lancé. Divisés sur la manière d’aborder la question, les pays européens ont toutefois en commun de ne pas vouloir d’une nouvelle vague migratoire. Ils y sont déterminés. Quitte à prendre des libertés avec le respect des droits de l’homme. La sécurité des migrants ne semble en effet aujourd’hui garantie ni à la frontière grecque, ni en Turquie qui reçoit donc de l’argent pour garder ceux-ci. D’une manière ou d’une autre, il sera pourtant toujours plus ardu pour l’UE de se limiter à l’installation de kilomètres de barbelés supplémentaires en Grèce.

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