Belgique : que cache la chute des exportations d’armes lourdes?

Construction de véhicules blindés, aéronautique, électronique, spatial… Les ventes de ces secteurs ont chuté de 58% ces cinq dernières années. Mais notre pays  ne vend pourtant pas moins d'armes. Explications.

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Le marché de l’armement se porte bien merci pour lui. Un rapport publié ce lundi par l’Institut international de recherche pour la paix (Sipri) confirme la tendance observée ces dernières années. L’étude concerne les armes dites majeures, c’est-à-dire les tanks, les chars, les avions et les navires de guerre, ou encore les missiles. Les transferts internationaux de ces armes au cours de la période 2015-19 ont bondi de 5,5 % par rapport à 2010-14. Derrière les États-Unis (36%) et la Russie (21%), c’est la France (7,9%) qui se taille la part du lion dans le marché mondial des ventes d’armes. Cinquième l’an passé, l’Hexagone occupe désormais la troisième place du classement. L’Allemagne (5,8%) et la Chine (4,3%) complètent le top 5. Côté acheteurs, les cinq pays les plus dépensiers s’avèrent être l’Arabie Saoudite (12%), l’Inde (9,2%), l’Égypte (5,8%), l’Australie (4,9%) et la Chine (4,3%). À noter, le succès du lobbying américain. Les pays du Vieux Continent avaient, fin 2019, des commandes en cours pour l’importation de 380 nouveaux avions américains.

Et la Belgique ?

Les exportations d’armes majeures sortant de notre pays ont chuté de 58%, entre les périodes 2010-2014 et 2015-2019. Qu’est-ce qui explique ces chiffres ? La catégorie qui a énormément baissé entre les deux périodes est l’aéronautique. La part du secteur dans les exportations est passée de 57,7% à 5,6%. Au total, les ventes belges représentent désormais à peine 0,06% du marché mondial, contre 0,15% cinq ans plus tôt. Paradoxalement, malgré des chiffres de vente en chute libre, la Belgique est passée de la 40e à la 34e place. Côté importations (-69%), notre pays n’a pas consenti des achats importants. Les importations belges pèsent désormais 0,05%, contre 0,17% la période précédente. Seulement, et c’est très important, les chiffres du Sipri concernent les armes majeures. Or, il s’agit absolument pas du point fort de l’armement belge. »La Belgique produit surtout des armes légères (FN), des munitions (MECAR) ou des sous-composantes d’équipements militaires », explique Christophe Wasinski, un professeur en sciences-politiques de l’ULB qui donne un cours sur le secteur de l’armement belge. Et effectivement, quand on parle de vente d’armes dans notre pays, le premier nom qui revient c’est celui de la FN d’Herstal.

L’armement léger : un secteur wallon et florissant

Un coup d’oeil sur le site du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), un organisme de recherches indépendant basé à Bruxelles, permet de constater que le sud du pays concentre l’essentiel des entreprises du secteur de l’armement. Qu’il soit léger ou majeur d’ailleurs. 100% des sociétés actives dans les armes, munitions et explosifs (8/8) sont situés en Wallonie, contre 45% du secteur « aéronautique, électronique et spatial », 63% du secteur « mécanique, véhicules et naval » et 57% du secteur textile et équipement divers. Pour revenir sur les armes légères, deux des trois poids-lourds belges sont wallons : la FN d’Herstal et Mecar basé à Seneffe, dans le Hainaut. Le premier est surtout connu pour ses fusils d’assaut SCAR, ses pistolets mitrailleurs P90 et ses mitrailleuses MAG, le second fabrique des obus, des grenades et des cartouches. Contrairement à ce que pourraient laisser penser les chiffres du Sipri, l’industrie wallonne de l’armement se porte à merveille. Les 950 millions d’euros liés aux licences octroyées en 2018 par la Wallonie signifient une hausse de 35% en plus par rapport à l’année précédente. C’est simple: le secteur a enregistré sa meilleure année en dix ans !

Des ventes polémiques

Problème: la boulimie de l’Arabie saoudite explique la récente explosion des ventes. Or, le pays est connu pour contourner allègrement les droits de l’homme. Son dirigeant, Mohammed Ben Salman, mène notamment une guerre particulièrement destructrice au Yémen. Et y utilise des armes belges, comme l’a mis en évidence le projet de recherche #BelgianArms, une collaboration entre la maison de presse indépendante Lighthouse Reports et différents médias. Les ventes vers les Etats qui piétinent les droits de l’homme passent de moins en moins comme une lettre à la poste. « La Région wallonne assure étudier rigoureusement chaque demande d’exportation. Pourtant, force est de constater que figurent parmi ses clients l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie et d’autres pays tristement célèbres pour leurs violations massives des droits humains », fustige ainsi Amnesty, sur son site Internet. Une équation dont les autorités wallonnes doivent tenir compte, tout en gardant un œil sur les emplois et la richesse créées par l’industrie. D’où la récente décision schizophrène du gouvernement régional. Namur a bloqué un contrat avec l’armée de l’air saoudienne, mais validé un autre avec la Garde nationale… saoudienne.

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