Nos jeunes sont-ils si mauvais en lecture ?

Lire ne ferait pas partie des activités favorites des adolescents, en témoigne les mauvais résultats de différentes enquêtes en la matière ces dernières années. Pour se rattraper, la Fédération Wallonie-Bruxelles et les bibliothèques mettent les bouchées doubles. Découvrez notre article sur La vie des bibliothèques dans le Moustique de la semaine.

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Les résultats des derniers tests Pisa, menés par l’OCDE dans 79 pays « développés », nous apprenaient en décembre dernier que les compétences en lecture des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne brillaient pas par leur réussite. La FWB se classant en dessous de la moyenne de 487 points avec seulement 481. Rien de nouveau sous le soleil, la mauvaise note des petits francophones belges est devenue presque une habitude depuis 2015. Cette année-là, l’ONE nous informait aussi que la moitié des enfants âgés de 30 mois présentaient déjà un retard ou des troubles du langage et que 15% des jeunes quittaient l’école secondaire sans diplôme et sans l’usage fonctionnel de la lecture. La faute à notre société de l’image, à internet et aux smartphones, dira-t-on alors un peu précipitamment.

Mais s’il est vrai que les jeunes entre 7 et 19 ans ont un très grand nombre d’activités de loisirs (en moyenne neuf par semaine, dont la lecture n’arrive qu’en septième position derrière la TV, les vidéos, les amis, la musique, le sport et internet), paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de livres estampillés « jeunesse » parus chez nous chaque année. Et s’il y a livres, il doit bien y avoir lecteurs quelque part… « J’ai l’impression d’entendre depuis toujours des plaintes sur le niveau de lecture, remarque Marie-Angèle Dehaye, directrice des bibliothèques publiques francophones de Bruxelles. Mais je n’ai pas l’impression que les jeunes lisent moins qu’avant. Je pense qu’ils lisent différemment ». Impression confirmée par ces mêmes tests PISA qui pointent tout de même que les élèves francophones arrivent au niveau de la moyenne européenne en ce qui concerne les lectures et recherches sur internet. « Lire sur une tablette ou sur un ordinateur, c’est aussi lire, même si ce n’est pas un roman de fiction. »

Redonner goût aux livres

Reste que les pratiques de lecture traditionnelles sont moins fréquentes qu’il y a dix ans, et l’intérêt pour la lecture est en diminution. Pour tenter d’y remédier, la Fédération Wallonie-Bruxelles a donc lancé un Plan Lecture en 2015. Une trentaine de mesures au niveau de l’enfance, de la culture et de l’enseignement ont été prises, comme le financement de projets transversaux, la création d’un « parcours de lecture », la distribution d’ouvrages gratuitement aux enfants, des journées de rencontres avec des acteurs du secteur… « Il faut ancrer très tôt les pratiques de lecture et l’univers du livre dans les habitudes de l’enfant, explique Laurent Moosen, directeur du Service des lettres en Fédération Wallonie-Bruxelles.

L’ONE et le Service général des Lettres et du Livre collaborent d’ailleurs en ce sens en distribuant des livres aux nouveau-nés. Les bibliothèques publiques mènent également des actions dans les crèches. « On doit aussi sensibiliser les parents à l’importance des pratiques de lecture, casser le stéréotype d’une pratique associée à une activité féminine, veiller à ne pas systématiquement instrumentaliser les lectures réalisées dans un cadre scolaire et en abordant des textes longs et complexes dès les premières années d’apprentissage. »

Dans les bibliothèques publiques, de gros efforts sont faits pour accueillir le plus de jeunes possibles, notamment via des visites en classe, indispensables pour donner le goût au livres et faire connaître l’existence des bibliothèques, encore trop méconnues pour certains. « Ce qui est publié à l’heure actuelle au niveau jeunesse a bien évolué par rapport à ce qui était proposé il y a trente ans, pointe Noëlla Hiernaux, responsable de la bibliothèque de Jemeppe-sur-Sambre, en région namuroise. Les sujets abordés sont intéressants, suivent l’actualité et répondent aux préoccupations des jeunes. Aujourd’hui, la littérature aborde des thématiques qui leur parlent. On s’en rend vraiment compte lors des animations car il y a de nombreuses réactions qui sortent après les lectures ».

L’intérêt pour le livre diminuerait cependant fortement en secondaire. Si 77% de jeunes déclarent aimer lire en primaire, ils ne sont plus que 41% en secondaire et 31% au-delà. En cause : les livres proposés à l’école seraient jugés difficiles à lire et ennuyeux. Ce n’est donc pas l’école qui réconciliera les jeunes avec les pages. Contre toute-attente, c’est peut-être sur internet, celui-là même qui ‘prend le temps des adolescents au détriment des livres’, que pourrait se retrouver le plaisir de lire. De nombreux influenceurs, des « bookstragrameurs » et autres jeunes adeptes de la lecture, partagent leurs trouvailles et coups de cœur sur les réseaux sociaux. Preuve s’il en est que le livre n’est pas mort aux yeux de la jeunesse francophone mais qu’il se réinvente, trouve de nouveaux canaux et adopte le numérique.

Pour en savoir plus, lisez notre article « La vie des bibliothèques ». Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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