Belgique: un jeune sur quatre aurait déjà subi un viol

Le dernier sondage d’Amnesty International révèle que les violences sexuelles ne diminuent pas en Belgique, loin de là. Il reste tant à faire, notamment en matière de prévention.

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Ce sont des résultats pour le moins préoccupants. Un Belge sur deux a été exposé au moins une fois dans sa vie à une forme de violence sexuelle ; un jeune sur quatre déclare avoir déjà subi un viol. C’est ce qui ressort du dernier sondage commandité par Amnesty International Belgique et SOS Viol, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 2.300 Belges, âgés de 15 à 85 ans (marge d’erreur de 2,05%). Des chiffres alarmants donc, et pour certains indicateurs, en hausse. Avec 20% des femmes interrogées qui disent avoir subi un viol, cela représente une augmentation de 7 points de pourcentage par rapport à un sondage similaire en 2014.

« Cette augmentation est à mettre en relation, selon nous, avec la libération de la parole des femmes, après notamment le mouvement #MeToo et toute la sensibilisation réalisée autour de la problématique du viol, mais elle n’en demeure pas moins extrêmement choquante » a commenté Philippe Hensmans. Pour le directeur de la section francophone d’Amnesty International Belgique, « ces chiffres laissent en effet penser que la prévalence du viol n’a pas diminué depuis cinq ans, voire qu’elle a augmenté. C’est un signal très fort que nos autorités doivent entendre: la Belgique peut et doit mieux faire pour endiguer ce fléau ».

Et Amnesty d’appeler « à prendre des mesures pour lutter contre l’impunité des auteurs de viol et améliorer la prise en charge des victimes tout au long de la procédure, ce qui permettrait de redonner confiance aux citoyens belges dans la procédure judiciaire ». D’autant que si l’on en croit les données collectées par l’ONG, seuls 14% des femmes ayant porté plainte pour des faits de violences sexuelles se sont déclarées satisfaites de la démarche. Rajoutez à cela la statistique issue du SPF Justice, indiquant que dans 53% des cas, les dossiers pour viol sont classés sans suite, et vous comprendrez qu’il y a encore du boulot en Belgique sur la question.

Respecter la Convention d’Istanbul

Pérennisation des centres de prise en charge des violences sexuelles, lutte contre l’impunité des violeurs, publications des données statistiques, etc. Amnesty a rassemblé dans une pétition plusieurs revendications adressées aux autorités. Il est demandé à la Belgique de se conformer à la Convention d’Istanbul, qui contient les obligations des États signataires en matière de lutte contre la violence domestique et de protection des victimes. « La Belgique ne respecte que très partiellement les engagements qu’elle a pris en la ratifiant [la convention] en 2016. Depuis lors, ces engagements ont été appliqués à environ 20%, ce qui est nettement insuffisant. Compte tenu de l’urgence et de la gravité de la situation, nous attendons de nos autorités qu’elles fassent beaucoup plus et mieux » a pointé Philippe Hensmans.

Le sondage révèle également que le consentement reste une notion assez floue pour une bonne partie des esprits, particulièrement chez les plus jeunes. Petit florilège : pour un tiers des moins de 26 ans, il est normal d’insister pour avoir des rapports sexuels. La même proportion des jeunes sondés considère qu’on ne peut pas parler de viol tant qu’une personne n’a pas explicitement dit « non ». Seuls 53% d’entre eux sont conscients que le viol sur un.e conjoint.e est une agression sexuelle, et donc passible d’emprisonnement. Pour 20% des hommes interrogés, les femmes aiment être forcées et sont sexuellement excitées par la violence. 48% des hommes et 37% des femmes sondées trouvent des circonstances atténuantes pour un viol, comme le fait de porter des vêtements sexy, le fait de ne pas dire « non » explicitement, ou des comportements « provocants ».

Encore trop peu d’élèves sensibilisés

Une des pistes avancées par Amnesty International Belgique pour sensibiliser l’opinion est le renforcement du programme d’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras). Ce programme vise à aider les jeunes à acquérir une maturité affective et sexuelle, composante jugée essentielle dans la construction de l’individu et du citoyen. À tel point que le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a inscrit l’Evras dans les missions de l’école en 2012. Une inscription théorique, pour Karim Majoros, directeur de la Fédération  Laïque des Centres de Planning Familial. « On peut considérer que seulement 1 élève sur 6 en FWB est en contact une fois sur l’année avec une animation de sensibilisation, quelle qu’elle soit. C’est trop peu. Il y a encore trop peu de volonté politique sur le long-terme, pas assez de moyens dégagés, le cadre réglementaire pour implémenter l’Evras dans les écoles est trop flou. Parler d’éducation sexuelle et affective est encore vu par certains comme une incitation à une vie sexuelle prématurée pour les adolescents, alors qu’au contraire, l’enjeu c’est la protection des jeunes. L’Evras est pour l’instant vu comme un coût plutôt qu’un investissement. » Pour autant, Karim Majoros espère voir une éclaircie au bout du tunnel : « On attend beaucoup de la nouvelle génération de mandataires, que ce soit au niveau de la Fédération Wallonie Bruxelles ou des Régions. Avec Me#too notamment, les esprits bougent petit à petit ».

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