Pourquoi les sociétés dirigées par des femmes sont-elles plus performantes?

Une étude de Moody’s pointe le rôle fondamental des femmes administratrices au sein des grandes entreprises européennes. Plusieurs autres analyses abondent dans le même sens et donnent plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène.

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En étudiant les différentes entreprises européennes, l’agence de notation Moody’s s’est rendue compte d’un fait intéressant. Les sociétés notées A (donc celles avec la meilleure solvabilité) ont 34 % de femmes dans leurs conseils d’administration. Au contraire, celle notées C n’en ont que 16 %.

De même, les entreprises avec plus de femmes aux postes de directions sont plus performantes. Le même constat a été posé par Moody’s en Amérique du Nord. Pur hasard ? Pas vraiment, et il y a plusieurs raisons à cela.

Une combinaison de facteurs

Pour commencer, il faut mettre un terme à toute une série de clichés. Les performances de ces entreprises ne sont pas dues à de supposées qualités présentes chez toutes les femmes. Cela n’a rien à voir avec l’empathie, la sociabilité, la quiétude…

Les femmes sont néanmoins amenées à recourir à plusieurs stratégies pour faire valoir leur place dans des sociétés largement masculines, d’où plusieurs caractéristiques communes. Parmi celles-ci, l’Institut Montaigne note une aversion aux risques et une planification plus marquées que chez les hommes, le besoin de « surperformer » pour avoir le même poste que les collègues masculins… Autre point d’importance : la présence accrue de femmes permet aux entreprises de communiquer plus facilement avec leurs publics.

Toutefois, ces facteurs ne suffisent pas à expliquer le phénomène. Si une société compte quelques femmes bien placées mais qu’elles sont peu représentées au total, cela n’aura pas d’impact sur les rendements de la société. Une étude de Michel Ferrary, membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, note en 2010 que « lorsque les femmes constituent un groupe conséquent, elles prennent conscience qu’elles peuvent peser sur les choix de l’organisation, qu’elles peuvent avoir des stratégies d’acteurs au sein de l’entreprise et que leurs efforts peuvent être récompensés ». Cette même logique vaut en règle générale pour toutes les minorités.

Une loi qui n’a pas tout changé

Cette nécessité d’avoir des femmes en nombre conséquent dans les entreprises a amené le monde politique à agir. En 2011, une loi a été créée en Belgique afin que les conseils d’administrations soient composés d’au moins un tiers de chaque sexe. Les contrevenants s’exposent à ce que la nomination du prochain administrateur ne soit pas validée.

Le résultat aujourd’hui est clair et net. Les femmes ne composaient que 8,2 % des membres de ces conseils. Ce taux monte désormais à 28 % en Belgique selon Moody’s. C’est bien mieux que la Slovénie (8 %) mais encore loin derrière la France, première avec 42 %.

Ces chiffres montrent cependant que de nombreuses entreprises n’atteignent pas l’objectif du tiers légal. Plus frappant encore : la loi ne concerne que les conseils d’administration, pas de direction. En 2017, les femmes ne sont membres qu’à hauteur de 18 % de ces derniers. Peut-être que les études sur les bénéfices tirés de leur présence feront bouger les lignes à l’avenir.

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