Nocive ou nécessaire? La neige artificielle divise

En Europe, le ski attire chaque année des millions de touristes dans les montagnes. Pour leur garantir de la neige, des moyens techniques continuent d’être développés. À quel prix?

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Pas de neige, pas de ski. Le principe parait logique. Oui mais voilà, aujourd’hui quand la météo fait des siennes, la technologie prend le relai pour garantir de la poudreuse aux skieurs. En France comme ailleurs en Europe, de plus en plus de stations sont équipées en canons à neige pour faire face aux aléas de la nature. Les enneigeurs, dont les premiers ont été déployés à la fin des années 80, font désormais partie du paysage montagnard: 35% des pistes françaises y ont recours. Un chiffre qui monte jusqu’à 70% en Autriche, et même près de 90% en Italie. En parallèle, le taux d’enneigement des sommets diminue de décennie en décennie face au réchauffement climatique. A tel point que des études estiment qu’aucune station ne sera en mesure d’ouvrir en 2050 sans neige artificielle. Le serpent qui se mord la queue?

Pas pour Laurent Reynaud, délégué général des Domaines skiables de France. « La neige de culture est critiquée par méconnaissance. Ce n’est pas polluant. Des études environnementales montrent que les canons à neige sont acceptables, donc pourquoi s’en priver? Aujourd’hui on a besoin de pouvoir réguler la neige afin de garantir l’ouverture de la station, tant pour les touristes que pour les emplois », affirme-t-il. Un avis qu’est loin de partager Frédi Meignan, président de l’association de protection des montagnes, Mountain Wilderness. « Il y a des équipements tolérables. Faire appel à de la neige artificielle en bas des stations, cela peut être nécessaire pour faire le lien avec le haut de la montagne. Mais maintenant on en met partout! Nous sommes contre cette prolifération des canons à neige, ça n’a pas de sens ». Car s’ils ne sont pas polluants à proprement parlé -« Ils n’émettent pas de CO2 », souligne Laurent Reynaud-, les canons à neige sont tout de même très énergivores. Et leur impact sur l’environnement est loin d’être négligeable. La climatologue Célia Sapart précise que la neige artificielle perturbe le cycle de l’eau, notamment à cause des importantes ressources d’eau prélevées à cet effet.

Des prédictions faussées

Jugée moins dommageable pour l’environnement, la technique du « snowfarming » se développe également. Le principe? Récupérer la neige de l’année précédente et la conserver jusqu’à l’hiver prochain. La neige est tassée en dôme, puis recouverte de plusieurs dizaines de centimètres de sciure de bois, afin de passer l’été. Originaire des pays scandinaves, cette pratique arrive peu à peu en France… mais soulève également des critiques. Certaines stations s’en servent en effet pour ouvrir en automne, avant même l’arrivée des premières neiges.

Ce qui donne lieu à des situations ubuesques, où une seule bande blanche traverse une montagne presque encore verdoyante. Au delà de l’impact environnemental, c’est le message transmis qui est mauvais, selon Frédi Meignan. « Il faut changer son regard sur la montagne, cesser d’aller contre les éléments naturels », estime-t-il. Même constat pour la climatologue Célia Sapart, qui souligne que la neige de culture rend également difficile les prédictions du changement climatique. « Il est compliqué de faire la différence entre la neige naturelle et celle artificielle sur les images satellites, ce qui peut fausser les mesures sur l’enneigement réel », explique-t-elle.

Bonne pour l’économie mais bien moins pour l’environnement, la neige de culture n’a en tout cas pas fini de diviser.

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