Coronavirus: comment décrypter les cartes sur la baisse drastique de la pollution en Chine ?

Une étude réalisée par la NASA montre que la qualité de l’air s’est améliorée de façon exceptionnelle depuis le début de l’épidémie de coronavirus dans le pays. Au-delà de la simple explication de la présence de la maladie, plusieurs facteurs permettent de comprendre le phénomène.

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L’image est impressionnante, surtout pour un pays connu pour être le plus gros pollueur au monde. D’un côté, on voit en janvier une Chine colorée, laissant apparaître d’immenses zones urbaines étouffant sous une couche de dioxyde d’azote. Un mois plus tard, plus rien. L’explication est très simple: depuis l’épidémie de coronavirus, le pays tourne au ralenti. Mais s’il ne fait aucun doute que la maladie a son influence, comment arrive-t-on concrètement à cet état de fait  ?

Ce que l’explication du coronavirus cache

Bien sûr, la première chose qui vient en tête lorsque l’on parle de pollution, c’est la circulation automobile. Or, certaines métropoles chinoises, notamment celles mises en quarantaine, avaient parfois des allures de villes fantômes. Pas de voitures, pas de passants, rien. Mais on ne peut pas imputer l’entièreté de la baisse de la pollution uniquement au manque de mobilité des Chinois.

« En Chine, les principales sources de dioxyde d’azote sont les grandes industries, et tout particulièrement les centrales électriques. Leur contribution à la pollution est notamment due à leur énorme utilisation de charbon. Ce n’est pas du tout le même cas qu’en Europe où la source la plus importante de dioxyde d’azote est le trafic diesel », explique Frans Fierens de la cellule interrégionale de l’environnement Ircel-Celine. En 2019, 72 % du mix électrique chinois reposait en effet sur les centrales thermiques à combustible fossile, c’est-à-dire fonctionnant très majoritairement avec du charbon. Ces centrales ont été largement affectées par les paralysies dues au coronavirus avec une baisse d’activité de 58 % par rapport à 2019.

D’autres éléments sont aussi à prendre en compte. D’une part, il y a les vacances du Nouvel An chinois, période durant laquelle le pays est plus ou moins à l’arrêt. La deuxième carte de la NASA montre à ce sujet la période suivant de près cette période. Cela montre surtout que les centrales à charbon sont restées paralysées au-delà des vacances, contrairement à d’habitude. Le trafic aérien, mode de transport le plus polluant, a également sa part. 70 % de baisse des vols intérieurs, ça a forcément un impact pour un pays aussi peuplé que la Chine. Enfin, il y a les différentes entreprises qui tournent, elles aussi, au charbon et au pétrole.

Une situation exceptionnelle mais temporaire

Mais cette situation est-elle amenée à perdurer encore longtemps ? Ce n’est pas du tout certain. La Chine peut imposer des quarantaines mais pas ad vitam aeternam. L’Association des PME chinoises estime qu’un tiers des entreprises ne survivraient pas à un tel arrêt de l’activité pendant plus d’un mois. Un autre tiers succomberait au bout de deux mois. Il est donc temps de réagir.

C’est pourquoi la Chine sort progressivement de sa léthargie. Le dimanche 23 février, le président Xi Jinping a exhorté à reprendre le chemin des usines. Directement, les restrictions de circulation sont assouplies et Pékin retrouve ses éternels embouteillages. Selon les analyses de Citygroup, la consommation quotidienne de charbon « a commencé à montrer des améliorations ». Malheureusement, ces décisions ont un prix. Contre-coup de cette reprise : le nombre de malades du coronavirus est reparti à la hausse avec près de 80.000 cas au total au lendemain de ce relâchement. Cela n’est toutefois que temporaire. Depuis cet épisode, l’épidémie semble être constamment en régression dans l’Empire du Milieu.

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