Déguisements nazis, char anti-migrants,… Quand les carnavals indignent à travers le monde

Carnavaliers au corps de fourmis déguisés en juifs orthodoxes à Alost, drapeau israélien et militaires nazis mis côte-à-côte à Cuenca. Si les deux carnavals n’ont pas manqué de faire scandale, ils sont loin d’être les seuls à avoir provoqué indignation et colère.

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Les Israéliens ne doivent décidément pas porter le carnaval dans leurs cœurs ces temps-ci ! Ce mardi 26 février, l’ambassadeur d’Israël en Espagne a qualifié les performances du carnaval de Cuenca, en Espagne, de « dégoûtantes ». En cause : des hommes déguisés en nazis suivant des femmes tenant le drapeau israélien. Un panneau clamant que les victimes de l’Holocauste « seront toujours dans nos pensées » n’a pas calmé l’affaire.

Cet incident fait évidemment penser aux caricatures juives du carnaval d’Alost. Comme pour ce dernier, Israël critique une représentation qui « se moque des six millions de Juifs tués par les nazis ». Mais il ne s’agit pas des seuls exemples de carnavals polémiques, loin de là. Petit tour d’horizon de ces fêtes populaires qui n’ont pas fait consensus.

Une effigie d’un couple gay brûlée sur la place publique

Si vous trouviez les costumes d’Alost provocateurs, vous n’avez encore rien vu  ! Dans le genre, la ville d’Imotski, en Croatie, décroche la palme. Dimanche dernier, les habitants ont créé des sculptures de papier mâché à l’image d’un couple homosexuel avec un enfant. Une façon de saluer la décision de la Cour constitutionnelle croate d’autoriser l’adoption par les couples gays ? Pas vraiment. Comme pour un Bonhomme hiver, les habitants se sont réunis sur une place de la ville pour brûler ces effigies, à la manière d’une exécution médiévale !

Le président croate s’est exprimé sur Facebook en demandant des excuses envers la communauté homosexuelle  : « [Il s’agit d’]un acte triste, inhumain et complètement inacceptable déguisé sous le masque des festivités du carnaval ». La réponse a été cinglante  : « Nous restons conservateurs et attachés à la tradition. Un enfant devrait être sous la garde d’une mère », a déclaré un des organisateurs du carnaval, Milivoj Djuka, à un média local.

Des Jésus anticonformistes qui choquent les chrétiens

Dans d’autres carnavals, ce ne sont pas les progressistes mais les conservateurs qui s’indignent. Un bon exemple est celui de Las Palmas, aux Canaries. En 2017, une drag queen, du nom de Sethlas, a été représentée tel Jésus sur la croix. Autant dire qu’elle n’est pas passée inaperçue  ! L’évêque local a désigné ce moment comme étant «  le plus triste de [sa] vie  ».

Plus récemment : en 2020, un autre Jésus a été au cœur de l’attention, à Rio cette fois-ci. Le motif : il est noir. Il n’en fallait pas plus pour que les communautés chrétiennes du pays, très actives au Brésil, montent au front. Une pétition a récolté plus de 100.000 signatures afin de dénoncer cet acte de « blasphème ».

Un char anti-migrant, concentré de préjugés racistes

Autre pays, autre contexte, autres cibles. Alors que l’extrême-droite de Salvini est encore au pouvoir, un char défile dans les rues de Formello, près de Rome, en 2019. Il représente un bateau de migrants en Méditerranée tiré par une voiture aux couleurs italiennes. Sur le véhicule, plusieurs pancartes xénophobes ne laissent aucun doute sur le message. « Je ne paie pas de loyer », peut-on lire sur l’une d’elles.

Tollé pour le parti démocrate (gauche)  : « Utiliser un festival populaire, de joie et de pur divertissement pour moquer et offenser ceux qui arrivent en Italie après avoir surmonté des sacrifices incroyables et au péril de leurs vies est une véritable incitation au racisme », dit son représentant local. Des médias proches de la droite, comme le « Secolo d’Italia », ont répliqué en disant que s’il fallait s’en indigner, il faudrait en faire de même avec les célèbres satires politiques du carnaval de Düsseldorf, dont une représentant Salvini associé à la mafia et à la « mauvaise Italie ».
https://twitter.com/DebAttanasio/status/1102489528466661376

Les personnes d’origine africaine, éternelles cibles

Aux portes de la Belgique, le très connu carnaval de Dunkerque attire chaque année des foules impressionnantes. Mais une ombre assombrit ce climat de fête  : la tradition de se grimer en noir durant un bal. Entre accusations de racisme d’une part et défense de la tradition de l’autre, on assiste à un véritable discours de sourds entre détracteurs et partisans de cette coutume locale.

En 2019, la tension est encore montée d’un cran dans la communauté africaine (et au-delà) avec le carnaval de Schwyz, en Suisse. Une douzaine d’hommes se sont alors déguisés en membres de l’organisation suprématiste blanche du Ku Klux Klan. « De tels rassemblements ne peuvent pas être tolérés », a alors dénoncé Alma Wiecken, directrice de la Commission fédérale suisse contre le racisme. Le Ministère public a fini par trancher sur l’affaire en novembre dernier  : les hommes ont été condamnés pour contravention contre les mœurs, mais pas pour avoir dépassé la liberté carnavalesque.
https://twitter.com/ag_bern/status/1104727572150136833

 

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