Le Carnaval d’Alost veut continuer à rire : avec ou contre tous ?

Loin de faire profil bas, le carnaval d’Alost persiste et signe en présentant des caricatures de juifs orthodoxes - soit au nez crochu, soit en costumes d'insectes - ou encore un mur des lamentations en lingots d'or. Entre rire, liberté d’expression et stéréotypes condamnables, la frontière est fragile.

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Le carnaval d’Alost ne craint pas la polémique. Accusé déjà d’antisémitisme, l’événement phare de cette ville flamande, située à mi-chemin entre Bruxelles et Gand, en a remis une couche avec de nouvelles caricatures controversées, et cette fois-ci devant les caméras du monde entier. L’édition 2020 du carnaval d’Alost est “une redite de l’année passée, en pire”, dénonce auprès de l’agence Belga Yohan Benizri, le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) horrifié par le défilé.

Comme prévu, les poupées aux nez crochus étaient bel et bien de sortie, renvoyant inévitablement à l’imagerie antisémite véhiculée, entre autres, par les nazis. Il y avait aussi, notamment, une représentation d’un Mur des Lamentations construit en lingots d’or, une parodie du morceau culte “Hey Jude” des Beatles et une figuration des juifs en insectes. Les organisations juives ont immédiatement dénoncé cette dernière caricature, rappelant que leurs communautés étaient justement considérées comme de la vermine à exterminer.

belgaimage-161785756Carnaval d’Alost – The ‘Kloagmieren’ © BELGA PHOTO JAMES ARTHUR GEKIERE

Tout le monde y passe

Ces chars problématiques ne constituent que 5% de l’ensemble du cortège, mais c’est ce que l’on retient”, regrette de son côté Joël Rubinfeld, président de la Ligue Belge contre l’Antisémitisme (LBCA), présent dimanche au carnaval d’Alost. Outre les chars faisant référence aux juifs, les visiteurs pouvaient en effet observer des caricatures de la famille royale avec Delphine Boël, de Kim Clijsters, de Greta Thunberg, des musulmans, des catholiques, de la communauté LGBT+ ou encore du coronavirus. D’autres participants ont défilé ce dimanche en uniforme nazi devant le drapeau flamand, distribuant en réalité des tracts SS-VA afin de dénoncer les liens entre nazis et leaders séparatistes.

Il est incompréhensible que, 75 ans après la libération d’Auschwitz, ces horribles images antisémites soient autorisées au coeur de l’Europe”, s’insurge le Comité juif américain qui demande sur son site internet que l’Union européenne ouvre une enquête contre la Belgique.

La liberté d’expression a des limites que certains dépassent

Face à une telle polémique, les organisateurs revendiquent, au nom de la liberté d’expression, le droit de rire de tout. Pour le président du CCOJB, il s’agit plutôt d’une question morale. « Nous sommes pour la liberté d’expression et le droit au blasphème”, souligne Yohan Benizri. Mais le droit ne peut pas servir d’excuse pour justifier tout et n’importe quoi. Selon le président, certaines choses sont “moralement répréhensibles” même si elles ne sont pas “pénalement condamnables”.

Critiquer, caricaturer, blasphémer font partie de cette liberté d’expression, mais cette dernière atteint sa limite lorsqu’elle heurte la liberté de l’autre. L’excuse de l’humour, souvent invoquée, vide l’antisémitisme le racisme ou le sexisme, de leur gravité et participe à sa banalisation, facilitant ainsi la montée en puissance de l’extrême droite. Il ne faut pas oublier qu’aux dernières élections fédérales, le Vlaams Belang était le deuxième parti de Flandre.

Outre la liberté d’expression et la question morale, le vacarme autour du carnaval d’Alost démontre surtout que les citoyens ne se comprennent plus. Entre les défenseurs de la tolérance et les critiques de la bien pensance, insulte favorite de l’extrême droite, le fossé se creuse, mettant un peu plus en péril le vivre ensemble. 

 

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