La garantie locative : l’obstacle invisible mais souvent implacable

Faute de fonds propres, certains Belges ont du mal à pénétrer le secteur immobilier locatif. La demande pour les aides publiques a quadruplé, en deux ans, dans la capitale.

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Le salon Batibouw ouvre ses portes ce samedi 29 janvier. Comme chaque année, de nombreux Belges se rendront encore à cette grande messe annuelle de la construction, la rénovation et l’aménagement. D’autres risquent moins de se bousculer au portillon. Leur combat est autre. Ils sont lancés à la recherche de fonds suffisants pour se constituer une garantie locative. La difficulté n’a rien de marginal. Un quart des Belges affirment ne pas être en mesure de faire face à une dépense importante sans recourir à l’emprunt. Sachant que le loyer mensuel moyen sur le marché locatif bruxellois s’élevait en 2018 à 739 euros, un futur locataire doit donc débourser près de 1.500 euros avant de signer son contrat et recevoir ses clés. S’y rajoute encore le coût du déménagement. Différentes aides publiques régionales existent et elles reçoivent un succès grandissant. Voire exponentiel. Les chiffres à Bruxelles parlent d’eux-mêmes : le nombre de demandes pour les deux aides est passé, entre 2017 et 2019, de 403 à 1.880. Soit une multiplication supérieure à quatre en deux ans.

Un taux de refus de 1%

C’est la secrétaire d’Etat bruxelloise au Logement Nawal Ben Hamou (PS) qui a dévoilé, la semaine dernière, les chiffres. Elle répondait ainsi à une question de la députée Joëlle Maison (Défi). Les chiffres concernent deux types d’aide du Fonds du logement de la Région de Bruxelles-Capitale : l’octroi d’un prêt à taux zéro et l’avance du montant de la garantie locative. Dans ce second cas, les ménages paient une cotisation mensuelle de 5 à 30 euros et récupèrent celles-ci à la fin du bail après avoir remboursé la somme avancée par le fonds. Pour la socialiste, ces chiffres en forte croissance s’expliquent notamment par trois raisons : l’entrée en vigueur de la seconde mesure début de 2018, le travail d’information mené par les CPAS et le fonds et la possibilité de rembourser désormais le prêt sur 24 mois au lieu de 12. « Pour les deux formes d’aide, le taux de refus s’élevait en 2018 et en 2019 à 1 % des demandes introduites. En ce qui concerne le crédit à taux zéro, 189 demandes ont été octroyées en 2017, 340 en 2018 et 529 en 2019. Le montant moyen des crédits était de 1.182 euros en 2018 et de 1.180 euros en 2019 », explique Nawal Ben Hamou.

Bientôt un fonds public de garantie locative?

Parmi les autres dispositifs d’aide, figure le recours aux CPAS. Ceux-ci enregistrent chaque année quelque 3.000 demandes d’aide en matière de garantie locative. L’aide prend alors la forme d’une avance versée sur un compte bloqué au nom du locataire ou d’un cautionnement au bénéfice du locataire. « Le cautionnement présente l’inconvénient d’être stigmatisant pour le locataire, car le bailleur en est informé. En tout état de cause, l’avance sur un compte bloqué comme le cautionnement représentent pour le CPAS une charge administrative et financière assez importante », note Joëlle Maison. Un autre système pourrait bientôt changer la vie de bien des candidats locataires. Il s’agit d’un projet de fonds public de garantie locative. Dans sa note de politique régionale, l’actuel gouvernement bruxellois propose sa création, moyennant l’évaluation de la faisabilité. « Ma prédécesseure a confié à Idea Consult la réalisation d’une étude qui décrit différents scénarios de constitution d’un fonds universel de garantie. Cette étude est une contribution utile aux travaux à mener en vue de définir les modalités d’un fonds universel. Nous poursuivons notre travail afin de faire en sorte que la garantie locative ne soit plus un frein à l’obtention d’un logement », explique la secrétaire d’Etat. Histoire peut-être que tout le monde puisse se rendre un jour à Batibouw.

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