Service minimum pour la Belgique face à l’urgence climatique

Avec près de deux mois de retard, la Belgique a adopté mercredi sa stratégie climatique à l'horizon 2050. La neutralité carbone est encore loin pour notre pays une fois de plus divisé.

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Être le premier continent « neutre en carbone » au monde, c’est l’objectif fixé par l’Europe d’ici 2050. Pour l’atteindre, la Commission a demandé à chaque État membre de lui présenter pour le 1er janvier 2020 comment ils comptaient réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et respecter les engagements de l’Accord de Paris. Une chose est déjà certaine : la Belgique ne figurera pas parmi les exemples à suivre. Loin de là.
Un melting pot des stratégies régionales

Le Fédéral n’a tout simplement pas d’objectif de réduction propre, “puisque toutes les émissions de gaz à effet de serre belges sont couvertes par les émissions des régions”, peut-on lire dans le texte remis par le comité de concertation ce mercredi. Se dédouanant par la même occasion de de toute responsabilité climatique, le gouvernement dresse un plan qui compile les stratégies à long terme déjà élaborées et approuvées par les exécutifs régionaux. Ces derniers détiennent en effet d’importants leviers de la politique climatique, avec des compétences telles que les infrastructures routières, le transport en commun, l’aménagement du territoire, l’agriculture et une grande partie de la politique énergétique.

La Wallonie vise une réduction de 95% des gaz à effet de serre, Bruxelles veut « se rapprocher de l’objectif européen de neutralité carbone d’ici 2050« , tandis que la Flandre affirme vouloir réduire de 85% ses émissions.

Rien de très concret

Pour respecter ces différents engagements, chaque Région a fait de l’économie circulaire, de l’utilisation d’énergies renouvelables et de la rénovation des bâtiments, une priorité. Les trois entités visent une décarbonation complète des secteurs du transport et de la production d’électricité, mais se contentent d’une diminution de 45% à 51% pour l’agriculture par rapport à 2005.

Le niveau fédéral veillera, quant à lui, à ce que son propre parc immobilier soit entièrement neutre sur le plan énergétique et climatique d’ici 2040. Pour le reste, il assure qu’il soutiendra la transition des Régions, sans pour autant avancer d’éléments concrets.

Le refus de la Flandre

Un gros point noir figure dans ce texte, fourni par le cabinet de la Ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem : contrairement à la Wallonie et à Bruxelles, la Flandre ne mentionne aucune ambition chiffrée pour le segment dit ETS (Emissions Trading System), dont l’objectif est fixé pour l’Union Européenne et non par État membre. Les secteurs ETS, qui fonctionnent avec le système d’échange de quotas d’émissions et qui comprennent notamment l’industrie lourde, sont pourtant responsables d’environ 40% des émissions en Europe. La Flandre, qui présente un important pôle industriel, ne veut pas en réalité pas menacer “le moteur de (son) économie et une source substantielle de valeur ajoutée et d’emplois”. Bien qu’il y ait urgence, l’économie passe encore avant l’écologie.

La stratégie flamande ne contient pas d’estimation quantifiée des niveaux d’émission attendus en 2050 pour l’industrie flamande relevant du système ETS”, peut-on lire dans la note fédérale. Il est donc impossible “d’agréger les niveaux d’ambition régionaux de manière à obtenir un objectif belge global de réduction des émissions de gaz à effet de serre”.

Objectif hors d’atteinte

Résultat : la Belgique n’atteindra pas la neutralité carbone, emblème du Green Deal européen. En additionnant la somme des engagements régionaux, les émissions de gaz à effet de serre diminueraient de 85% à 87%, et ce seulement pour les secteurs non-industriels.

Pour justifier ce plan insuffisant, le gouvernement fédéral a déjà trouvé sa défense auprès de la Commission. Sa stratégie est un « engagement a minima » qui sera « régulièrement mis à jour » en fonction de l’évolution de la situation de chacune des entités afin de « tendre vers la neutralité carbone ». Ce n’est donc pas gagné, d’autant plus que l’Union européenne devrait revoir ses propres engagements à la hausse pour 2030.

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